Chapitre 2-47

Anna

Deux claquements sourds retentissent, résonnant dans le silence tendu.

« C’était quoi, ça ? s’inquiète Éria, le regard alerte.

 Sarah ? Qu’est-ce qui se passe ? interroge Lewis, la voix chargée d’une pointe de nervosité.

 Arrimage effectué. Pressurisation en cours. »

La trappe latérale tressaute légèrement, puis l’écoutille se relève, dévoilant un sas baigné de lueurs rouges et bleues, étrangement hypnotiques.

« Bon, ben… on dirait qu’on n’a pas vraiment le choix, dis-je, ma voix trahissant une légère hésitation. Alors, on y va. Allez… c’est parti.

 Si tu le dis », répond Yves en haussant les épaules. Son ton est calme, mais une pointe de lassitude transparaît dans son regard. Il s’accroupit pour prendre Thomas dans ses bras, comme pour se donner une contenance face à l’inconnu.

L’odeur chlorée qui émane de l’étrange passage est puissante, mais je la trouve encore préférable à la puanteur mécanique du hangar. En franchissant l’étrange seuil, je suis surprise par la texture du sol : spongieuse, humide, presque vivante sous mes pas. Une sensation déroutante qui ajoute à l’étrangeté du moment.

« C’est mou, dit Adam, en touchant une paroi, que je palpe à mon tour.

 Oui, et c’est tiède. » Une étrange sensation me traverse, comme si je touchais la peau d’un être vivant.

« Ce n’est qu’un sas de décontamination », juge Perthie. L’écoutille descend alors, elle se verrouille, et une paroi se retire, dévoilant une pièce blanche, lumineuse.

« Tiens ! J’ai déjà vu ça quelque part, murmure Lewis.

 Idem ! » Je lui fais un clin d’œil, amusée. Nous entrons dans la salle, et la paroi se referme derrière nous. L’odeur chlorée disparaît presque instantanément. Une porte s’ouvre alors sur une jeune créature, vêtue d’une longue robe blanche aux manches amples. Elle entre dans la pièce, écarte les bras, puis les replie contre sa poitrine. Il me faut quelques instants avant de la reconnaître.

« Lepte ? s’étonne Perthie.

 C’est bien moi, répond la jeune créature, sa pensée étrangement familière.

 Mais ? commence Éria, intriguée. Qu’est-ce qui t’est arrivé ?

 Je vous expliquerai. »

Devant nous se tient… une créature rajeunie ! Son visage, autrefois marqué, est désormais radieux. Il a même pris une teinte rosée, presque lumineuse.

« Maman ! Papa ! s’exclame Mel, visiblement surpris. J’entends c’qu’elle pense !?

 C’est normal, mon poussin, répond Éria avec douceur. Lepte parle dans nos têtes.

 Non ! C’est pas pareil ! se renfrogne Mel, le visage fermé.

 Ben, moi aussi j’entends c’que tu penses ! renchérit Ève, taquine.

 Que vous arriviez à lire mes pensées, dès notre première approche physique, m’impressionne vraiment ! Et j’en suis ravie !

 Et pourquoi j’ai pas entendu tes pensées avant ? demande Mel, la mine perplexe.

 Pour communiquer par l’intermédiaire d’un hologramme… Non ! C’est trop compliqué à expliquer maintenant. Vous l’apprendrez plus tard. Vous êtes ici pour ça.

 Mais qu’est-ce qui s’est passé ? demande Lewis, visiblement dérouté. Et pourquoi s’est-on retrouvés en orbite d’Iriseth ? Ce n’était pas ce que tu nous avais dit.

 C’est vrai. Ce n’était pas le plan initial. J’ai moi-même été surprise. Mais les miens… en fait… ont eu peur de vous.

 Comment ça ? Peur de nous ?

 De vos enfants. Et d’Ève en particulier. Oui ! De toi, Ève.

 Oh ?

 Et je ne vous mens pas, les enfants lisent mes pensées. Les miens ont attendu l’aval des Peuples de notre Communauté avant d’accepter de vous recevoir.

 Alors, pour une arrivée discrète, c’est plutôt raté, remarque Éria, un sourire en coin.

 Plutôt.

 Deux planètes en une ? demande Ève, le regard plissé. Ça veut dire quoi ? T’as deux planètes ?

 Non, Ève. Je pense à la présentation d’Éthaï. Deux planètes en une. Nous sommes les enfants d’Éthaï, mais nous ne faisons que passer. Nous n’occupons que 8 % de sa superficie. Le reste est à l’état sauvage. Nous veillons simplement à maintenir l’équilibre et l’harmonie de la nature.

 Bon, ben… On peut p’t-être vous laisser ? ironise Éria, avec un petit ricanement.

 Maman ! soupire Mel, visiblement agacé. Tu dis toujours des bêtises. Et pourquoi je sais pas c’que tu penses ? » Il fixe sa maman, l’air suspicieux.

« C’est un blocage naturel. Mais vous y arriverez. Ça aussi, vous l’apprendrez.

 Oh mince ! » Éria adopte un ton dramatique. « Pensées positives ! Pensées positives !

 Ça y est ! s’exclame Ève, les yeux brillants. On est arrivés ! »