Lepte nous reconduit à l’étage supérieur avec son calme habituel. Ses pas résonnent doucement sur le sol, et nous la suivons en silence, absorbés par nos pensées. Elle s’arrête devant une ouverture bordée de motifs délicats et se tourne vers nous. Son visage est toujours impassible, mais son ton, cette fois, semble un peu plus solennel.
« Après notre admission au sein de la Communauté, commence-t-elle, le peuple qui nous a succédé provenait d’un nouvel univers : Déa. Leur galaxie porte un nom évocateur : Coch Og Barh, ce qui signifie “Les Ondes du Puissant”. Leur étoile, Cliona, est une naine jaune, comme Thaïty, mais de classe G2, similaire à votre Soleil. Quant à leur planète, elle se nomme… Ligurande. »
À cette mention, mon cœur se serre légèrement, comme si je pressentais que Lepte allait toucher un point sensible. Et elle le fait.
« Oui, c’est là que sont… ou étaient, les enfants.
— Étaient ? » répète sèchement Anna, la voix tranchante, incapable de cacher sa sidération.
Nous restons figés, une tension soudaine envahissant l’air. Le choc est palpable, presque douloureux.
Lepte incline légèrement la tête, une lueur énigmatique dans les yeux. « Oui, insiste-t-elle calmement. Sont ou étaient. Ils sont peut-être sur le retour. »
Un soupir de soulagement collectif traverse le groupe.
« Ah ! lâche Perthie en secouant la tête. J’préfère ça.
— Tu nous as fichu une sacrée trouille ! » renchérit Éria, qui souffle bruyamment, une main sur le cœur pour appuyer ses mots.
Un fin sourire traverse le visage de Lepte, presque imperceptible. « Je vous en prie… Faites connaissance avec les Ligures, un peuple qui, je vous l’assure, est désormais bien familier pour vos enfants. »
Son ton se veut rassurant, mais quelque chose dans sa manière de parler semble contenir plus que ce qu’elle laisse entendre.
L’hologramme projette des images de quatre Ligures qui se tiennent face à nous, imposants, le torse bombé, la tête haute, leurs mouvements mesurés empreints d’une dignité naturelle. Leurs bouches s’animent doucement, s’ouvrant et se refermant comme celles de chanteurs d’opéra en pleine répétition silencieuse.
Deux mâles et deux femelles, tous adultes, qui se démarquent à peine de l’humanité, si ce n’est par l’éclat fascinant de leurs iris, d’un rouge-orangé hypnotique. Leur apparence, étrangement familière, aurait pu leur permettre de se fondre dans une foule terrienne.
Leurs cheveux longs, blonds aux reflets roux qui captent la lumière avec une intensité chaude, tombent élégamment sur leurs épaules. Les mâles arborent de superbes barbes soigneusement entretenues, tandis que les femelles ont tressé leurs mèches avec délicatesse, ornant leurs coiffures de plumes colorées et de fleurs éclatantes, comme si elles portaient un morceau de nature avec elles.
Leur peau, d’une pâleur presque translucide, semble luminescente, renforçant l’impression d’êtres créés pour rayonner, littéralement et métaphoriquement. Ils sont vêtus de longues tuniques blanches, rehaussées de motifs géométriques et floraux qui explosent de couleurs vives. Ces ornements, tracés avec une précision artistique, rappellent à la fois des fresques anciennes et des visions futuristes, un mélange troublant d’histoire et de modernité.
Des bijoux subtils, mais omniprésents, parachèvent leur élégance : des boucles d’oreilles scintillantes, des colliers richement ouvragés, des bracelets cliquetants et des bagues finement ciselées. Chaque accessoire semble raconter une histoire, un fragment de leur culture complexe.
Les Ligures dégagent une aura de majesté naturelle, comme si leur simple présence imposait une forme de respect instinctif.
« Est-ce vraiment utile que je vous les décrive ? D’accord… Vous êtes génétiquement très proches des Ligures. Suffisamment proches, en tout cas, pour permettre une procréation sexuée entre Humains et Ligures. Ils partagent également votre régime alimentaire, Anna. Mais ils possèdent certaines particularités qui les rendent uniques : des capacités de guérison extraordinaires, presque miraculeuses, et, comme vous avez pu l’entendre, des voix absolument hors du commun. Ils chantent dès leur plus jeune âge, et leur maîtrise vocale, en plus d’être artistique, peut devenir une arme. Une arme sonore, redoutable. Oui, Perthie ? »
Perthie se redresse légèrement, son visage trahissant une curiosité vive, mêlée à un soupçon d’inquiétude.
« Ça fait plusieurs fois que j’entends parler des capacités de guérison des Ligures… À chaque fois, je n’peux m’empêcher de penser à l’arrière-grand-mère de Tchéa.
— Halin, précise Lepte doucement.
— Oui. Est-ce qu’il y a un rapport ? »
Un bref silence s’installe, juste assez long pour qu’on devine que Lepte pèse ses mots.
« Oui. Il y a un lien. Halin a franchi l’atertex de Libarad à une époque où une équipe d’Éthaïres et de Ligures se trouvait sur place. Les Ligures, émus par sa situation, se sont attachés à elle. Et la curiosité naturelle d’Halin l’a conduite à séjourner près d’un an sur Ligurande. Sa proximité avec eux lui a permis de développer… son “don”. »
Anna, les yeux écarquillés, se penche brusquement en avant, comme piquée par l’étonnement.
« Mais… Elle nous a dit qu’elle ne se souvenait de rien ? »
Un léger sourire énigmatique apparaît sur les lèvres de Lepte.
« On lui a simplement demandé d’oublier. »
L’hologramme poursuit sa présentation, révélant Ligurande dans toute sa splendeur. Une planète qui se dévoile, carmin et blanche, flanquée d’une lune aux nuances d’alezan et de rouille. Sous une atmosphère douce, teintée de rose chair, des océans framboise scintillent sous la lumière de Cliona, tandis que des continents bruns et des forêts aux reflets verts bleutés s’étendent en de vastes mosaïques naturelles.
Le paysage présenté ensuite est plus aride : un désert de canyons abrupts et de larges vallées se dessine. Le ciel, éclatant, est une toile de feu, où Cliona, astre cramoisi, effleure l’horizon. L’image capture ce qui semble être une transition subtile, un crépuscule annonçant l’aube, ou l’inverse, dans un jeu de lumières éthérées.
La caméra virtuelle descend, elle longe un ruban noir interminable, un chemin sinueux qui coupe la vallée tel un serpent d’asphalte. Elle s’attarde brièvement sur deux points lumineux, des véhicules en mouvement. Leur silhouette me rappelle celle de nos speedglides, rapides et aérodynamiques, avant que l’hologramme ne les dépasse et survole une ville…
Bâtie au bord d’un fleuve majestueux, la cité s’étend sur les deux rives, reliées par plusieurs ponts élégants. Un réseau dense de routes animées témoigne d’une activité florissante, où circulent de nombreux engins d’un design aussi fonctionnel qu’harmonieux. Je ne distingue que cinq immeubles, aux formes audacieuses, presque sculpturales, qui se dressent au-dessus du reste. Ce sont les maisons individuelles qui dominent. Basses, lumineuses, et disséminées dans une végétation luxuriante, elles semblent fusionner avec le paysage, s’y fondant sans jamais le dénaturer. Une véritable symbiose entre nature et architecture.
« Le peuple suivant est originaire du même univers, Déa, mais d’une autre galaxie, Lipsia Théa. Leur étoile se nomme Amam Dat, une étoile de classe F6, et leur planète Damamé. Venez découvrir les Damans. »
Autant les Ligures m’avaient paru familiers, presque humains, autant les Damans, eux, incarnent l’altérité dans toute sa splendeur. Je me retrouve face à des créatures qui semblent issues d’un croisement improbable entre trilobites et grillons, mais sur une échelle qui dépasse l’imagination. Ces êtres massifs, mesurant près de deux mètres, se dressent avec une imposante prestance, leur tête recourbée vers l’avant comme si elles observaient attentivement le sol ou leurs interlocuteurs.
Leur céphalon, arrondi et protégé par une sorte de carapace chitineuse, rappelle immédiatement les trilobites fossilisés que j’avais étudiés dans mes jeunes années. Deux plaques latérales en pointe, les librigènes, encadrent leur tête avec une élégance étrange, presque martiale. Sous cette tête imposante, leur thorax est composé d’une succession de segments articulés qui leur confèrent une flexibilité troublante. Leur corps se termine par un large pygidium, orné de cinq longues épines qui s’étirent dans une harmonie menaçante.
Mais ce sont leurs détails insectoïdes qui captivent et dérangent à la fois. Leurs antennes, longues et filiformes, vibrent légèrement, comme si elles captaient des sons ou des énergies imperceptibles. Leurs yeux, proéminents et globuleux, semblent tout voir, comme s’ils percevaient bien plus que la lumière visible. Leurs trois paires de pattes, qui se replient avec une précision mécanique, évoquent les grillons par leur structure, les postérieures étant particulièrement musculeuses et adaptées à des sauts puissants. Leurs mouvements sont à la fois gracieux et profondément inhumains, chaque articulation émettant un léger cliquetis métallique.
Leur armure chitineuse noire, brillante comme du jais poli, capte la lumière pour révéler des reflets irisés, oscillant entre des teintes bleu-vert et pourpres. C’est une beauté froide et intimidante, un rappel constant qu’ils appartiennent à un monde qui n’a rien de commun avec le nôtre.
Je me surprends à frissonner, une sensation de malaise instinctif qui me prend à la gorge. Ils sont fascinants, oui, mais aussi dérangeants, une parfaite incarnation de l’étrangeté cosmique.
« Eh ben ! lance Éria, l’air perplexe, ses sourcils froncés traduisant un mélange de curiosité et de méfiance. Et tu vas nous dire que vous arrivez à communiquer avec… ça ? »
Lepte esquisse un léger sourire énigmatique avant de répondre : « Les Damans sont un cas à part, unique dans tout l’univers connu. Leur apparence, aussi étrange qu’elle puisse vous paraître, n’est qu’une armure. Une enveloppe protectrice et, surtout, interchangeable selon leurs besoins. En réalité, ce sont des esprits d’une puissance inégalée, des consciences libres qui se sont volontairement dépossédées de leur corps physique pour embrasser l’immortalité. »
Je sens une tension palpable parmi nous, un mélange d’émerveillement et d’incrédulité. L’idée d’abandonner son propre corps semble à la fois terrifiante et fascinante.
Lepte poursuit, sa voix plus grave, presque respectueuse : « Ce sont, de loin, les télépathes les plus puissants que nous connaissons. Leur pensée est un labyrinthe insondable, difficilement accessible pour quiconque n’a pas atteint leur degré d’évolution. »
Elle marque une pause, un nouvel hologramme se matérialise devant nous. « Voici Damamé. »
Une sphère laiteuse se matérialise dans l’air, éclatante sous les reflets de lumière. Marbrée de blanc et de bleu, elle ressemble à une perle céleste suspendue dans l’obscurité.
« Sa réflectivité est exceptionnelle. La surface de Damamé demeure dissimulée sous d’épaisses couches nuageuses, défiant quiconque d’en percer les secrets. Son albédo ? Zéro virgule soixante-dix-sept, pour répondre à votre curiosité scientifique. »
Elle s’interrompt un instant, le temps que nous digérions l’information.
« Damamé n’a pas de satellite naturel, et son environnement est tout… sauf accueillant. L’effet de serre y est si intense que la température au sol dépasse les 80 degrés Celsius. Une chaleur suffocante, doublée d’une gravité écrasante et d’une radioactivité élevée. Quant à son atmosphère, elle est à la fois irrespirable et toxique. Son exploration reste périlleuse, même avec des équipements spécialisés. »
Éria lève une main, l’air faussement dramatique, et lâche d’un ton mordant : « Ça tombe bien, j’avais pas vraiment prévu d’aller faire bronzette là-bas. »
Son sarcasme nous arrache un sourire collectif, une légère détente dans cette présentation aussi fascinante qu’intimidante.
L’hologramme plonge à travers une atmosphère dense et opaque, agitée de soubresauts électriques. De nombreux éclairs horizontaux, tels des serpents de lumière, lacèrent les ténèbres, révélant fugacement un monde à la fois hostile et hypnotisant.
Sous ces brèves illuminations, un paysage désertique se dessine : des plaines sombres, aux reliefs modestes, baignées d’une aura menaçante. L’air semble saturé de particules, rendant le décor presque irréel, comme si chaque élément était noyé dans une brume toxique.
L’horizon est dominé par une chaîne volcanique, dont les cratères crachent d’immenses panaches de fumée grise, épais et tourbillonnants, rejetés dans un ciel couleur de bitume. Les grondements lointains des volcans semblent presque audibles, amplifiés par l’ambiance visuelle.
La vidéo continue sa descente, s’attardant sur des lueurs phosphorescentes d’un jaune-vert spectral, qui strient l’horizon comme des veines lumineuses dans l’obscurité. Ces éclats étranges marquent l’emplacement d’une ville nichée au bord d’une mer d’encre, où l’eau noire reflète faiblement les rares éclats du ciel, donnant une impression de profondeur infinie.
La cité se révèle peu à peu : un assemblage de structures sphériques noires, luisantes comme des perles d’obsidienne, suspendues dans une étrange gravité. Chaque sphère est illuminée par des lueurs diffuses provenant de leur base, créant une atmosphère spectrale et irréelle, presque organique.
Soudain, des silhouettes massives surgissent des flots obscurs : des vaisseaux aux allures de méduses géantes. Leur calotte iridescente, en forme d’ombrelle translucide, scintille sous les éclairs. Leur poupe, composée d’une nuée de tentacules irisés, vibre et tournoie dans une étrange danse aquatique, évoquant un ballet sous-marin transposé dans les airs. Ils s’élèvent avec grâce avant de disparaître dans les épais nuages tourmentés, laissant derrière eux un bref sillage luminescent.
« Je vois que Damamé ne vous inspire guère plus que les Damans, remarque Lepte avec un sourire amusé. Passons à la salle suivante. Vous allez découvrir le peuple qui accueillera vos enfants lors de leur deuxième période d’apprentissage.
— Les Zadars ?
— Oui. »
Elle marque une pause, son regard se posant brièvement sur chacun de nous avant de continuer : « Les Zadars sont originaires du même univers que les deux peuples précédents, et de la même galaxie que les Damans, Lipsia Théa. Leur étoile, Brydéri, est une naine orange de classe K1, et leur planète s’appelle… Zadari. »
Nous passons à la salle suivante. L’atmosphère change radicalement.
Les quatre Zadars, debout, ne dépassent guère le mètre trente. Ce sont des créatures trapues, leur peau sombre contrastant avec leur pelage brun-roux épais. Leurs silhouettes, imposantes malgré leur taille, dégagent une impression de robustesse presque animale.
Leur tête, relativement grosse et ronde, évoque celle d’une chauve-souris par leurs deux grandes oreilles pointues, chacune pourvue d’un long tragus lancéolé, qui bougent sans cesse, captant, je suppose, chaque son, chaque vibration.
Leurs visages, garnis d’un museau pointu aux traits fins, rappellent ceux des canidés, avec une prestance étrange, à la fois sauvage et calculée. Les yeux, petits et ronds, brillent d’un éclat jaune ou orange, semblant analyser chaque détail qui les entoure avec une curiosité insatiable.
Leurs mains larges, dotées de quatre doigts griffus, témoignent de leur agilité, tandis que leurs pieds palmés, à quatre orteils, doivent leur permettre de se déplacer aussi bien sur la terre que dans l’eau.
Ils portent des tenues de cuir amples. Une large ceinture enserre leur taille, portant des outils ou des objets divers, tandis que des colliers en métal doré, décorés de pierres aux couleurs éclatantes, ornent leur cou, ajoutant une touche de raffinement à leur apparence plutôt brute.
Les Zadars bougent sans cesse, leur tête tournant frénétiquement, comme si chaque mouvement de leur environnement était une information vitale.
« Les Zadars sont des mammifères d’origine marine. Ils se nourrissent principalement de poissons, de crustacés et, pour l’anecdote, ils sont assez… bruyants.
— Par rapport à vous, intervient Mathias avec un sourire amusé, je n’en doute pas un instant.
— Ils ont un sens de l’imaginaire particulièrement développé et aiment inventer des histoires, des récits qu’ils partagent volontiers. Ce qui, je suis sûr, ravira vos enfants.
— Encore faudra-t-il que nos enfants les comprennent, ajoute Perthie, un brin sceptique.
— N’en doutez pas ! Les Zadars sont, au fond, des êtres doux, affectueux, et de grands télépathes. Leur capacité à transmettre des pensées et des émotions est impressionnante. »
L’hologramme présente une planète aux masses atmosphériques blanches aux reflets anis. Les océans, d’un bleu clair à turquoise, contrastent avec de petits continents au camaïeu de verts.
« Voici Zadari, une petite planète dense, dont la gravité est étonnamment proche de celle de la Terre. Elle possède deux lunes… »
Nous nous rapprochons de la surface pour frôler un océan d’un vert bouteille, parcouru de sillages d’écume blanchâtre laissés par des bateaux ultrarapides, élancés et gracieusement fuselés. Un astre stellaire rouge cerise embrase l’horizon, projetant une lumière douce qui fait éclater des couleurs dans le ciel : un mélange hypnotique de vert d’eau, de jaune pâle et de rose, comme un tableau vivant en perpétuel mouvement.
« Ce qui distingue Zadari, c’est son environnement : 89 % de sa surface est recouverte d’océans peu profonds, où des îles éparses semblent flotter comme des morceaux de terre suspendus dans un tableau marin. Une planète presque entièrement aquatique, parfaite pour un peuple d’origine marine. »
En plein cœur de cet océan, nous découvrons un grand village flottant. Les maisons, rondes et brunes, sont couronnées de toitures pointues céladon, comme des joyaux posés sur la mer.
« Voici la partie émergée de l’une de leurs cités marines. Les Zadars vivent aussi dans des villes industrielles, disséminées tout autour des côtes. Les continents sont peu élevés, parsemés de collines ondoyantes couvertes d’une végétation dense et luxuriante. »
L’hologramme reprend alors la projection des quatre Zadars, se tenant toujours dans leur posture caractéristique.
« Les deux peuples suivants, les Kylèniens et les Solènes, proviennent d’un autre univers, Aïné.
— L’univers d’Ir’ Dan, précise Anna.
— Tout à fait. Et avec les Wa’ Dans, cela fait trois peuples d’Aïné, issus de trois galaxies différentes : Émi Wahé pour les Wa’ Dans, Upèr Igrèn pour les Kylèniens, et Éra Myth pour les Solènes. »
Lepte s’immobilise un instant, un frémissement dans son geste, avant de froncer ses… sourcils, qu’elle n’a pas, et de hocher la tête, comme une légère approbation.
« Nous passons à la salle suivante ? demande Lewis.
— Oui. Pardon. Un instant… » Lepte s’interrompt à nouveau. « Je viens d’avoir des nouvelles des enfants. Ils sont de retour sur Karta Seki. Tout va bien. Nous les retrouverons dans un peu plus de deux heures.
— Waouh ! s’exclame Éria, l’enthousiasme perçant dans sa voix. Merci ! Excellente nouvelle ! »
Perthie resserre ma main dans la sienne, je m’approche d’elle pour l’embrasser. Ce soulagement soudain est surprenant, mais ces deux heures risquent de nous paraître infiniment longues.
« La prochaine salle est dédiée aux Kylèniens.
— Tiens ? s’étonne Anna, un éclair de curiosité dans ses yeux. Ils ont un air de famille avec… avec les premiers.
— Avec les Opiriens, oui, c’est vrai. Ce sont des sauriens, des femelles spécifiquement, qui se reproduisent par parthénogenèse. Elles sont omnivores, bien qu’elles privilégient une alimentation carnée. »
Comme les Idires, deux Kylèniens évoluent sur leurs quatre pattes, tandis que les deux autres se dressent sur leurs membres arrière, semblant imiter la stature de créatures bipèdes. Leurs pattes sont munies de cinq orteils griffus, parfaitement adaptés pour saisir et grimper. Elles s’aident de leur longue queue, tel un appendice agile, pour pivoter gracieusement et observer les environs, s’ajustant à leur environnement avec une précision fascinante.
Ces créatures me rappellent les varans de Komodo, par leur taille imposante, dépassant les deux mètres, leur cou allongé qui se balance doucement, et leur crâne triangulaire, aussi menaçant qu’élégant. Leur langue, bleue et bifide comme celle d’un serpent, se faufile inlassablement dans l’air à la recherche de nouvelles sensations.
Leurs yeux, grands et perçants, sont de couleur brune, avec des pupilles rondes aux contours nets et perçants. Leurs paupières claires contrastent avec la profondeur de leur regard, amplifiant l’intensité de leur présence. Leurs écailles, petites et rondes, couvrent leur peau d’un fin réseau protecteur. La face ventrale est teintée de nuances chaudes, un dégradé de rouille se fondant en un beige clair. Sur la face dorsale et les flancs, une couleur beige clair à crème se mélange à des taches sombres, rappelant les ocelles d’un léopard, formant un motif camouflé qui, je suppose, leur permet de se fondre parfaitement dans leur environnement naturel.
« Les Kylèniens ont des origines fouisseuses, et leurs cités se trouvent profondément enfouies sous la surface. Maîtres dans l’art du forage, elles ont su exploiter les entrailles de leur planète pour créer des complexes miniers gigantesques. De véritables architectes souterraines, elles ont fini par s’affranchir de Kylèn, leur monde d’origine, pour en coloniser deux autres dans le système d’Abdès. Des mondes que vos enfants découvriront lors de leur troisième période de formation. Voici Kylèn, accompagnée de sa lune rouge, Idya. »
L’hologramme dévoile Kylèn, une sphère bleutée, presque noire, aux reflets verts, profonds, tachetée d’imposantes masses nuageuses blanches. Les pôles, recouverts de glace, semblent figés dans le temps. Le pôle Nord scintille sous les rayons d’Abdès, un astre stellaire jaune pâle qui projette sa lumière diffuse sur la planète.
« La température moyenne de Kylèn avoisine les 15 °C. L’atmosphère, particulièrement riche en oxygène avec une concentration de 23 pour 100, tout comme celle d’Ir’ Dan, est parfaitement respirable. Vos enfants n’éprouveront aucune difficulté à s’y acclimater, d’autant que la gravité de surface leur rappellera agréablement celle de leur planète natale. Kylèn est un monde aux reliefs saisissants, passant de vastes plaines fertiles à des chaînes montagneuses imposantes, de canyons vertigineux à des plateaux volcaniques. Une diversité géographique qui se reflète aussi dans ses climats, capables d’offrir à la fois des déserts arides, des jungles luxuriantes et des régions polaires d’une beauté glacée »
La caméra passe au travers d’une atmosphère tourmentée, une véritable toile mouvante de nuages sombres et de lueurs d’orage. Soudain, la surface miroitante d’une mer émeraude apparaît, étale et insondable, comme un miroir liquide capturant la lumière d’Abdès. Nous glissons vers des anses bordées de grandes dunes aux teintes entre ambre et safran. Elles enserrent le delta d’un fleuve aux eaux olivâtres, sinuant avec une lenteur presque hypnotique.
À l’horizon, une chaîne de montagnes sombres se découpe nettement, leurs sommets acérés griffant le ciel. La caméra suit les méandres du fleuve qui s’enfonce dans des gorges vertigineuses, leurs parois abruptes sculptées par le temps et l’érosion. Tout au bout, il prend sa source dans une cascade imposante, jaillissant d’une falaise rocailleuse avec une puissance magistrale, un panache d’écume illuminant les ombres environnantes.
La vidéo remonte la cascade et la vue s’élargit soudain : un plateau immense se dévoile, cerné d’aiguilles et de crêtes rocheuses, une forteresse naturelle en apparence impénétrable. Au centre, un lac aux eaux sombres repose comme un œil mystérieux au cœur d’un paysage de prairies qui s’étendent à perte de vue. D’étranges cavités circulaires parsèment les alpages, comme autant de fenêtres ouvertes sur un monde souterrain.
Le spectacle prend un tournant inattendu : la caméra plonge dans l’un de ces puits, dévoilant une cité cachée, un enchevêtrement complexe de galeries soigneusement aménagées. Les tunnels sont éclairés d’une lumière artificielle douce, tandis que des réseaux de tubes, de tuyaux, et des équipements industriels bordent les parois, racontant une histoire de technologie avancée et de vie enfouie sous terre.
« Êtes-vous prêts pour notre dernière salle du présent ? »
La pensée de Lepte résonne, mais nous devinons qu’elle perçoit notre manque d’enthousiasme. Nos pensées sont ailleurs, tournées vers les enfants. Bientôt, nous les retrouverons… Mais à quel point auront-ils changé ? L’anticipation est à la fois douce et chargée de crainte.
« Il s’agit du douzième et dernier peuple à avoir intégré la Communauté : les Solènes. » Lepte marque une légère pause. « Oui, Perthie, les enfants les rencontreront… lorsqu’ils seront adolescents. »
Nous entrons dans la salle suivante, où la lumière peine à percer un enchevêtrement de troncs et de branches sinueuses, toutes couvertes de mousses gris-vert, de lichens aux teintes mastic et vanille. Le tout forme un décor à la fois étrange et végétal, comme une forêt oubliée.
« Qu’est-ce que… ? » commence Lewis, mais sa voix se fige dans l’air. Les branches tremblent soudain, avant de se figer à nouveau dans un silence presque oppressant. Un mouvement… et un être se détache de l’ensemble. Une espèce de phasme géant, dont la silhouette imposante dépasse les deux mètres de hauteur.
Je peux maintenant distinguer trois paires de pattes, finement articulées, qui se déploient telles des branches tortueuses, une longue colonne dorsale portant un abdomen étrange et renflé, semblant à la fois fragile et redoutable.
Comme une mante religieuse, sa tête, triangulaire et d’un jaune beurre éclatant, pivote alors, tournant sur elle-même d’un coup net à 180°. Avec un léger cliquetis métallique, ses mandibules s’ouvrent et se referment, presque avec une menace contenue. Mais ce sont ses yeux, ces deux globes protubérants composés d’un rouge vif éclatant, qui attirent les regards. Ils nous scrutent, fixes, presque inquiets, tout en reflétant une intelligence froide et calculatrice. Ce n’est pas un simple insecte, c’est une présence, une créature qui semble être à la fois d’ici et d’ailleurs, dans un équilibre étrange entre le monde végétal et le monde animal.
« Mimétisme et camouflage », commence Lepte, sa pensée empreinte d’une certaine gravité. « Les Solènes sont des maîtres dans l’art de se fondre dans leur environnement. Leur apparence n’est qu’une illusion, une façade qu’ils modifient à volonté pour se dissimuler dans le décor. Ce sont des insectes, mais leur complexité va bien au-delà de ce que vous pourriez imaginer. Leur reproduction est sexuée, certes, mais ne me demandez pas lequel est mâle ou femelle. C’est une subtilité que même nous, observateurs aguerris, avons du mal à discerner. »
Elle marque une pause, puis ajoute d’un ton mesuré :
« Vous les avez vus bouger, mais ne vous fiez pas à leur lenteur apparente. Leur discrétion, leur immobilité, c’est un leurre. Quand la situation l’exige, ils peuvent être extrêmement vifs et rapides. »
D’un mouvement soudain, le… ou la… Solène, incline la tête et déplie deux antennes plumeuses d’une finesse inquiétante. Un bruit léger, presque imperceptible, se fait entendre : du thorax, qui ressemblait à une vieille souche moussue, émergent deux ailes froissées. Elles s’étendent étrangement, comme si elles n’avaient pas été déployées depuis une éternité. Poilues et translucides, ces ailes brillent sous la lumière, présentant des reflets irisés qui captent l’éclat du moindre mouvement.
Avec l’aspect fragile d’un insecte qui semble pétrifié, la créature dissimule en réalité une redoutable agilité, camouflée sous son étrangeté.
« Et ça vole en plus ! Brrr ! » Éria frissonne, visiblement mal à l’aise.
« Leur régime alimentaire a évolué au fil du temps. De prédateurs omnivores, ils sont devenus herbivores, nectarivores, et xylophages. Leur système est binaire. Rahav Nor, leur étoile, est une naine jaune de classe G0. Soléna, une petite planète chaude, possède deux satellites naturels. Sa température moyenne est de 21 °C, et sa gravité de surface atteint six mètres par seconde carrée. Voici Soléna. »
Soléna apparaît, une bille bleu-vert aux reflets ambrés, baignée par la lueur de Rahav Nor. L’hologramme dévoile une planète indomptée, un monde de forêts profondes et de montagnes escarpées aux cimes acérées. La vidéo s’arrête devant une paroi rocheuse vertigineuse. Il me faut un instant pour distinguer ce qui s’y cache. Puis, l’évidence me frappe : une cité !
Accrochées à la falaise comme d’étranges coquillages pétrifiés, leurs habitations épousent la roche, presque indiscernables. Ce sont de hauts cornets renversés, enchâssés dans la pierre, leurs bases élargies pour mieux s’y ancrer. Soudain, l’une d’elles s’ouvre en corolle, et une silhouette ailée jaillit dans le ciel incandescent, tourbillonne un instant dans les courants ascendants… avant de se fondre dans les nuages orangés, comme absorbée par l’atmosphère même de Soléna.
« Les Solènes sont passés maîtres dans l’art du camouflage. Vous vous souvenez du zendemtex, le vaisseau en orbite d’Ir’ Dan ? Celui que vous ne parveniez pas à détecter ? » Son regard balaie l’assemblée. « Les technologies du camouflage optique, que vous jugez si sophistiquées, sont un héritage direct de leur savoir-faire. Observez. »
Comme sous l’effet d’une vague de chaleur, l’air se déforme, ondule… et un vaisseau surgit du néant, suspendu en stationnaire. Trois imposants ailerons d’embase, effilés comme des lames, lui donnent une allure agressive. Sa proue arrondie et sa poupe effilée évoquent la silhouette élancée d’une arbalète titanesque, prête à décocher un trait invisible.
« Voilà qui conclut la seconde partie de l’exposition. Il nous reste une heure. Souhaitez-vous un aperçu rapide de la dernière section ? Celle dédiée aux peuples pressentis pour intégrer la Communauté ? »
Anna lève la tête, l’air songeur, et nous scrute tour à tour. J’incline légèrement le menton. Que faire d’autre, sinon tenter d’occuper notre esprit plutôt que de laisser l’impatience nous ronger en attendant les enfants ?
« Oui, acquiesce Anna. Autant en profiter.
— Le temps passera plus vite, ajoute Perthie.
— Alors, suivez-moi. »
Lepte nous guide vers l’autre extrémité du balcon, où quelques Éthaïres déambulent silencieusement. Elle s’arrête un instant dans un vestibule qui s’ouvre sur trois couloirs, puis choisit la galerie centrale. Nous la suivons jusqu’à une salle où se dressent les hologrammes de quatre Wa’ Dans : deux mâles et deux femelles. L’une d’elles arbore la tenue au calice de Valène. Trois Éthaïres les observent, attentifs.
« Tiens, tiens ! Comme on se retrouve ! » lance Éria, un sourire en coin, les bras croisés avec cette lueur malicieuse dans le regard.
Lepte esquisse un mouvement de tête.
« Voilà. Pas de surprise, cette fois. Vous connaissez déjà leur monde et leur mode de vie. Inutile de perdre du temps avec une présentation d’Ir’ Dan ou de l’habitat Wa’ Dan. Rien que vous n’ayez déjà vu. Allons voir la salle suivante. »
Lepte sort sans un mot et emprunte le couloir de droite. Nous la suivons dans la nouvelle salle… où cinq Éthaïres, absorbés par un hologramme, tournent distraitement la tête vers nous. L’instant d’après, ils en restent figés, bouche bée, comme frappés de stupeur.
Nous ne valons guère mieux.
L’image projetée devant nous… nous cloue sur place : quatre humains, revêtus des combinaisons gris-vert marquées du logo de la Confédération ! Deux femmes immédiatement reconnaissables, Perthie et Anna, et deux hommes, Mathias et un jeune afro-européen au visage carré, aux yeux sombres, coiffé de longues tresses africaines. Une seule pensée me traverse : Mel. Plus âgé. Tel qu’il deviendra d’ici quelques années.
« Elle est pas mal, celle-là ! » s’exclame Lewis, un sourire en coin.
Mathias hoche la tête, les bras croisés. « Si tu voulais nous surprendre, c’est réussi. »
Éria, elle, reste figée devant l’hologramme, les yeux plissés. « Sacrément ressemblant… Je suis… sur le cul ! » Elle pointe du doigt le quatrième membre du groupe. « C’est Mel, non ? »
Je perçois une pointe d’émotion dans sa voix.
« Ça se pourrait bien. »
Un sourire attendri étire ses lèvres tandis qu’elle se tourne vers Mathias. « Il est pas mignon, not’ fils ? » souffle-t-elle avec une moue admirative.
Lepte ne relève pas et enchaîne d’un ton neutre : « Je ne vais pas vous faire l’affront de vous présenter votre planète. Nous pouvons passer à la dernière salle. »
Mais Perthie secoue aussitôt la tête. « Non, non. J’aimerais voir la suite.
— Moi aussi ! renchérit Anna, les yeux brillants. Ça fait si longtemps qu’on n’l’a pas vue… not’ bonne vieille Terre ! »
Lepte incline la tête. « Comme vous le souhaitez. »
La Terre apparaît, légèrement gibbeuse, baignée d’une lumière douce qui en souligne les contours familiers. L’image se rapproche lentement, révélant les reliefs du continent africain. Puis la vidéo amorce un glissement vers l’est, longeant la corne de l’Afrique avant de plonger vers les hauts plateaux de l’ancienne Éthiopie.
Je devine déjà la destination : Addis-Abeba, haut lieu de la Confédération, au sens propre comme au figuré.
« Aaahh… soupire Éria, un sourire flottant sur ses lèvres. Nostalgie, quand tu nous tiens… » murmure-t-elle, le regard perdu dans les images, une lueur rêveuse au fond des yeux.
À ses côtés, Anna croise les bras, pensive. « J’avoue être surprise et flattée, dit-elle après un instant de silence. Voir que nous comptons autant pour vous… Et surtout constater à quel point vous avez foi en la réussite des enfants.
— Je t’en prie, Anna. Je vous en prie, tous. La probabilité d’échec est infime… mais elle existe. » Elle marque une courte pause avant d’ajouter, plus légèrement : « Allons voir la dernière salle. »
La dernière pièce présente un peuple humanoïde à la peau d’une pâleur extrême, presque diaphane. L’impressionnante carrure des deux mâles, qui culminent à plus de deux mètres vingt, évoque aussitôt les humains nés sur Mars, modelés par une gravité plus clémente.
J’imagine qu’il s’agit des Emnos.
Ils se tiennent debout, droits comme des statues, l’allure altière, les épaules larges, le menton volontairement projeté en avant. Drapés dans de longues capes blanches, rehaussées de liserés brodés d’arabesques en fils d’or et d’argent, ils imposent une présence indéniable.
Sous cette étoffe, leur corps est entièrement protégé par un exosquelette d’un bronze aux reflets métalliques, bardé de dispositifs électroniques miniaturisés qui trahissent une technologie avancée.
Leurs cheveux blancs, lisses, mi-longs à longs, tombent librement vers l’arrière, dégageant un front haut. Leur visage, d’une blancheur d’albâtre, est sculptural : glabre, osseux, aux traits d’une fermeté impassible. Sous des arcades sourcilières marquées, leurs yeux profondément enfoncés, d’un bleu intense et glacé, transpercent de leur froideur clinique. Leur nez, camus, accentue cette impression de dureté, tandis que leurs lèvres pincées et leurs mâchoires serrées achèvent de leur conférer une expression implacable.
Les mâles tiennent sous leur bras un casque intégral, bronze, gravé de symboles énigmatiques. La large visière luminescente, d’un bleu électrique, clignote faiblement, comme si elle analysait en permanence leur environnement.
Les femelles, bien que légèrement plus petites et aux formes plus harmonieuses, ne dégagent pas moins de morgue. Elles ne portent pas de casque, mais tiennent un sceptre de métal sculpté et gravé, dont le pommeau stylisé semble autant un emblème qu’une arme. Un sourire en coin étire leurs lèvres, accentuant l’ombre de mépris et de condescendance qui se lit sur leur visage.
« Hum ! Hum ! Ils n’ont pas l’air commodes, ces géants ! dit Éria, en grimaçant. On dirait… des martiens, ajoute-t-elle avec une moue dédaigneuse. Ce ne serait pas les Emnos, par hasard ?
— Leur univers se nomme Fèch, et leur galaxie, Amal Tyrh, ce qui se traduit par Poussières d’Étoiles. Leur système est double, et leur planète, qui gravite autour d’Affath, s’appelle… Kriemn.
— Kriemn… répète Lewis, son visage illuminé par la reconnaissance. C’est ce que je pensais. Les Emnos !
— Oui, Lewis. Ce sont eux. Fèch est le nom de leur univers, Amal Tyrh, la Voie Lactée. Le système d’Affath est désigné ADS 16 402 dans vos cartes. Ce sont bien les Emnos, vos futurs ennemis. Ceux que vos enfants devront affronter. »
À cet instant, un message télépathique éclatant résonne dans mon esprit ! La pensée d’Ève, vive et joyeuse : « Papa ! Coucou ! On arrive ! » Nous restons tous figés, chacun conscient de cette connexion particulière.
Perthie serre ma main, et nos regards se croisent, une complicité muette s’établissant entre nous. Anna et Lewis échangent un regard similaire, tandis qu’Éria, émue, joint les mains comme pour applaudir.
« Et les voici en approche. Suivez-moi, je vous conduis à l’astrogare. »
