Chapitre 4-05

Mel

Quel plaisir de se retrouver seuls tous les deux, dans cette pièce, notre chambre ! Dans une totale confusion, sous l’emprise d’un désir brûlant partagé, retenu depuis si longtemps, au comble de l’excitation, nous nous débarrassons mutuellement de nos combinaisons, de nos sous-vêtements… Nous sommes à deux doigts de succomber… lorsque Jade et Thomas interviennent par message télépathique… pour nous demander de les rejoindre. Le souffle court, des palpitations à la poitrine, nous nous séparons doucement. Une sensation de retour au réel bien plus difficile qu’une réintégration après un voyage extracorporel.

Pour calmer mes ardeurs, je vais, seul, prendre une douche fraîche, avant de passer la robe éthaïre. Mon excitation reprend dès que je retrouve Ève, même en ne la regardant que droit dans les yeux… En attendant qu’elle fasse sa douche, j’examine l’étonnante calligraphie au dos de la porte. Les deux premières lettres de mon prénom forment des boucles, des vagues, la troisième, une longue ondulation qui souligne le prénom d’Ève. Entre les deux “e”, formés par deux boucles symétriques, le “V” m’évoque un grand oiseau qui survole l’ensemble de l’incrustation. Mel et Ève entrelacés… Soupirs…

Nous sortons de la pièce, le sourire aux lèvres, le regard complice. Un seul plongeon dans son regard amoureux, un seul contact de sa main douce et tiède, pour que je sente à nouveau monter l’excitation.

Nous dînons tous ensemble, avant d’aller prendre l’air marin dans les jardins suspendus de la tour Aktar. Assis sur les terrasses en gradins, devant l’océan des Narkèses, nous assistons à l’incendie, pourpre et rubis, du coucher d’un astre rouge feu. Nous rentrons à la nuit tombée, les tours illuminées, et le chemin balisé par les bornes champignons.

Avant de dormir, Jade souhaite que nous choisissions un nouveau Jèmaté. Ève et moi, nous rapprochons nos deux lits pour que nous puissions nous donner la main. Ève demande l’extinction de la lumière. Je ferme les paupières et me laisse entraîner… Nous nous élevons, nous traversons la coupole du bâtiment, et nous poursuivons notre ascension vers la voûte céleste étoilée. La ville lumière de Nakou Éti s’éloigne… Elle n’est bientôt plus qu’un point lumineux perdu dans l’obscurité de la nuit d’Éthaï. La planète s’éloigne, nous quittons le système de Thaïty… Notre progression nous fait découvrir la galaxie, Karta Seki. De son cœur éblouissant, entouré d’un halo sphérique blanc, naissent des amas d’étoiles. Je compte cinq bras spiraux brillants, très ouverts. Des nuages interstellaires rouges contrastent avec le rayonnement bleuté de l’ensemble. Nous continuons notre progression, jusqu’à ce que Karta Seki ne soit plus qu’une galaxie, anonyme, parmi une multitude d’objets célestes…

« Là… ça te va ? me demande Ève.

Oh ! » La question me surprend en train de rêver. « Si ça me va ? Si ça te va, alors ça me va.

Imprègne-toi de la résonance. Adam et Éoïah ne sont pas loin. Ici ! Nous sommes ici ! » Adam et Éoïah apparaissent.

« Et Jade et Thomas ? s’inquiète Adam.

Hmm, lâche Ève qui affiche une moue réprobatrice. Je n’les sens pas. Ils ne sont pas dans le secteur… Où est-ce qu’ils sont encore passés ? Ces deux-là !

On les appelle ? propose Éoïah.

Oui. On lance un appel, répond Ève.

Jade ? Thomas ? »

Aucune réponse ne nous parvient.

« Jade ? Thomas ? reprend Ève.

Deux secondes ! On arrive ! » Ils débarquent de l’immensité… main dans la main.

« Ben alors ?

Oh ! Ça va ! réplique Thomas, rebelle, soupe au lait, toujours agressif à mes remarques.

Vous étiez où ? demande Adam.

On est passés par Iriseth. Je voulais voir Uirni, dit Jade.

Et ?

Ben ? On n’a pas eu le temps d’le trouver ! Vous nous avez appelés ! répond Jade.

Je croyais qu’t’étais pressée de retrouver un nouveau Jèmaté ?! » rétorque Ève. Jade répond par un haussement d’épaules.

« Bon, reprend Ève. Ici ? Ça vous va ? »

Haussements d’épaules et de sourcils.

« Oui…

Bien ! Voici donc notre nouveau Jèmaté de Sété, décide Ève. Retenez la résonance.

C’est bien dans Sété qu’il y a… Gwydyan Maté ? Non ? demande Thomas.

Oui, répond Ève.

On pourrait passer voir les Erbèles… et les Matéens, ajoute Jade.

Euh… oui, hésite Ève qui hoche la tête. Gwydyan Maté. Gwydyan Maté… Mais où dans tout ça ? J’n’en ai aucune idée. On se renseignera avant.

Oh oui ! s’excite Jade. On pourra leur rendre visite en nous matérialisant.

Ouais. On verra ça. Bon ! On forme le cercle… et on rentre ! »

J’adore cette sensation de puissance, d’énergie décuplée, d’invulnérabilité, lorsque nous formons le cercle. Nous rejoignons nos corps physiques quasi instantanément. Je m’endors en tenant la main d’Ève…