Chapitre 4-12

Mathias

Le temps passe vite en compagnie des Éthaïres. Ils ne sont pas dénués d’humour, et répondent sans détour aux questions, comme nous aux leurs.

Ils nous ont décrit la formation du planétoïde.

L’univers cul-de-sac étant absolument vide, tous les composants ont été introduits successivement. Une intelligence artificielle a ensuite assemblé le gigantesque puzzle en débutant par le noyau. Deux enveloppes de métal dense qui engendrent un champ de pesanteur basique. Six niveaux différents ont été aménagés autour du noyau. Le niveau 1, le niveau le plus proche du noyau, est occupé par les Damans. Sa pression est énorme, sa radioactivité intense, et sa température… supérieure à 110 °C ! Le niveau 2, désert, sert d’enceinte de confinement. Le niveau 3 est réservé aux Idires. Son atmosphère nous serait irrespirable et toxique. Le niveau 4 communique avec le niveau 5, mais il a la particularité d’être en partie immergé. Les Zulémis, les Matéens et les Erbèles y cohabitent. Les niveaux 5 et 6, le secteur le plus vaste, auquel nous aurons accès, sont acclimatés pour les Éthaïres, les Ligures, les Zadars, les Kylèniens, les Solènes, les Armudes et les Opiriens. L’isolement relatif entre certains niveaux n’est pas un problème, car tous les délégués communiquent par télépathie à partir de leurs salles de réunion personnelles.

L’hologramme se met à flasher.

« Ah ! C’est le moment de positionner les casques ! » nous informe Okonit. Dans le mouvement général, j’attrape mon casque et l’ajuste. J’aide Éria à resserrer sa tignasse, et j’abaisse ma visière. Comme nous l’indique Kalept, je vérifie l’étanchéité de la combinaison sur mon avant-bras droit. Un petit rectangle noir disparaît pour se fondre dans l’aspect brillant général. Je lève le pouce droit pour indiquer que tout est O.K.

« Si nous voyons l’hologramme s’éteindre, annonce Éréviep, c’est que tout va bien.

Et sinon ? demande Lewis.

Sinon… nous ne verrons plus rien ! sourit Okonit.

Charmant ! » réplique Éria.

Les yeux rivés sur l’hologramme, je ne peux m’empêcher de sursauter lorsqu’il s’éteint. Les Éthaïres, et les enfants, retirent leurs casques.

« Vous pouvez vous mettre à l’aise, nous annonce Lepte. Nous sommes passés. » Je déclenche l’ouverture de la visière et retire le casque.

« Humains ! Un grand jour pour vous ! déclare solennellement Anotep. Nous vous souhaitons la bienvenue dans l’univers de la Communauté ! » Un nouvel hologramme apparaît.

« Nous ne sommes pas les derniers, annonce Okonit, mais la délégation ligure est déjà arrivée ! »

Nous poursuivons nos discussions à bâtons rompus, avec une collation de biscuits et de boissons sortis du meuble cylindrique. Je ne comprends pas l’explication d’Anotep sur la résolution des décalages temporels entre les différents univers. Je m’apprête à demander des éclaircissements, lorsque l’hologramme s’éteint…

« Nous voici… à destination, nous informe Lepte. Les jeunes, vous faites comme moi. Vous prenez vos casques, et vous n’oubliez surtout pas vos paquetages ! Au retour, nous prendrons un autre vaisseau. »

La phrase de Lepte refroidit l’ambiance, et c’est presque à regret que je me lève. Nous reprenons le monte-charge pour regagner la salle blanche aux odeurs chlorées. La trappe au plafond s’ouvre, et un nouvel élévateur circulaire apparaît. Nous nous divisons en quatre groupes. Nous débouchons dans un surprenant sas cubique peint d’arabesques à motifs végétaux pourpre et rouille.

« Oui, les couleurs d’Éthaï, intervient Éréviep. Violet orfy et rouge kerst. Imaginez qu’au retour, nous nous trompions de sas. Ça serait trop bête de se retrouver sur une autre planète ! »

Une fois tous réunis, Lepte demande aux enfants de bien tenir leur paquetage. La pesanteur s’efface, et nous devons nous retourner avant qu’elle ne se rétablisse en s’inversant. Nous nous retrouvons debout sur le plafond. La cloison, devant nous, s’ouvre sur un grand couloir au décor similaire à celui de la salle sphérique de l’araktep. Les cloisons et le plafond, haut de plus de trois mètres, sont décorés de motifs de vagues en relief. Des ondulations de dunes, ambre, sur fond ocre, qui prennent vie sous l’ondoiement de dorures lumineuses. Le plancher est recouvert d’un épais revêtement ocre aux motifs végétaux bleutés rehaussés par l’or et l’ambre de leur pourtour.

« Notre salle de réunion est à l’étage inférieur, nous apprend Anotep. Les délégués sont les seuls à être admis.

Nous vous laissons aux bons soins de Lepte et de Kalept, ajoute Okonit. Elles vont vous diriger vers les quartiers ligures.

À tout à l’heure ! » Éréviep prend le premier passage. Nos deux guides éthaïres nous conduisent dans une salle sombre, où des banquettes de cuir bleu entourent une estrade noire éclairée par des spots blancs.

« Voici la salle réservée aux visiteurs, nous apprend Lepte. C’est ici que nous reviendrons tout à l’heure. Posez vos affaires. Les interlocuteurs apparaissent au centre de l’estrade… sous forme holographique. »

Nous ressortons et nous poursuivons notre chemin jusqu’à tomber sur une impasse. La cloison qui barre le passage est rouge framboise. Elle est décorée de motifs géométriques lumineux d’étoiles, de fleurs stylisées, et de cristaux de neige. Éoïah se met à courir en criant : « Mes couleurs ! » Elle fonce droit vers le mur ! Figé de stupeur, j’imagine qu’elle va se fracasser contre la cloison… lorsque celle-ci se rétracte sur un nouveau couloir.

Le décor est radicalement différent. La teinte dominante est rouge framboise. Des motifs géométriques rose pâle, sur les murs, comme sur le plafond, éclairent agréablement l’espace. Au plancher, le revêtement rouge framboise porte des motifs en forme de cœurs entrecroisés vert amande et vert kaki. Nous entrons dans les quartiers ligures…