Et nous voilà lancés dans de formidables parties de cache-cache ! Notre terrain de jeu s’étend sur l’intégralité d’Okozbek, de la citadelle aux ruelles du village. Nos seules contraintes : ne s’aventurer ni en dehors d’Okozbek ni à l’intérieur des maisons. Et, bien sûr, ne pas utiliser la méthode de Jade, sous peine d’être déclaré hors-jeu.
Les deux premiers jours, notre excitation était telle… qu’il nous était facile de repérer nos signatures psychiques. Mais nous progressons rapidement. Même Thomas ! Thomas qui perfectionne son camouflage sans rechigner !
Ce que j’affectionne particulièrement, ce sont les moments passés à arpenter, seule, le dédale de corridors de la citadelle… J’apprécie ses côtés labyrinthiques… obscurs, son ambiance qui me procure d’agréables sensations…
C’est notre quatrième jour de jeu. Nous sommes en fin d’après-midi, et nous venons de débuter notre dernière partie de la journée. Nous avons enclenché le mode furtif au bord du plan d’eau, en bas du village, et c’est à mon tour d’attendre quelques minutes, avant de me mettre en chasse… L’occasion de savourer le calme surnaturel du lieu… Un silence relatif qui met en relief le moindre bruit. Un sursis… avant le déchaînement des éléments, car du ciel, encore et toujours menaçant, commencent à tomber de grosses gouttes… Depuis notre arrivée, nous n’avons pas eu un seul jour sans pluie. Une pluie qui altère la qualité du camouflage ; ce qui, parfois, nous oblige à stopper les parties en extérieur…
J’inspire l’air lourd… sous les “ploc-flop” de grosses gouttes qui tombent çà et là… L’orage gronde dans la forêt. Je fais le vide… avant d’entamer, les sens aux aguets, une lente et prudente ascension du village… Je passe près de notre maison… mais ne détecte personne. Je poursuis vers la place, où les biologistes éthaïres, et Lepte, rentrent les tables et les bancs en prévision du grain qui se prépare… Je ne sens aucun signe des camarades humains. Je continue vers la fontaine… J’arrive près du bassin, lorsque j’aperçois les Opiriens et Kylèniens en haut des marches ! Elles les descendent ! Elles portent de gros sacs et des besaces vert sombre, sur leurs épaules et leur dos. Elles rentrent de la chasse. Je fais le vide… et me blottis à l’extrême droite de la placette… Elles se racontent, en grommelant, quelques anecdotes de la journée… Je frissonne malgré moi lorsqu’elles me frôlent… mais elles ne s’en aperçoivent apparemment pas. J’attends qu’elles s’éloignent… avant de reprendre la montée vers l’esplanade… Je m’attarde en haut des marches pour écouter, les sens aux aguets… et devine aussitôt que la citadelle est occupée. Je détecte une agitation confuse… Adam se cache derrière ces murs. Je sens sa présence… celle de Thomas… celle de Jade… Mais je ne perçois ni Mel ni Ève.
Et c’est avec délectation, que je m’avance sous le porche… L’édifice est dans la pénombre, le fond de la galerie principale est à peine visible. Je m’arrête au niveau des deux premiers couloirs… Ceux qui mènent, après la traversée de deux salles, aux pièces carrées des rez-de-chaussée des tours d’angle… L’agitation provient du fond de la galerie principale. J’avance… pour stopper entre les deux passages suivants… Je dois continuer tout droit. Je stoppe et m’immobilise au niveau des dernières ouvertures… Celles qui mènent aux escaliers de pierre qui desservent les niveaux supérieurs. Les turbulences viennent d’en haut. Mais avant de monter, je choisis de vérifier la salle au péristyle…
Sous les crépitements des gouttes qui tombent sur la coupole, je m’immobilise près de la première colonne, et attends dans l’ombre… Des pas précipités, à peine perceptibles, résonnent dans la galerie supérieure. Une ombre furtive court le long de la galerie ! Et je reconnais ces ondes cérébrales : c’est Adam ! Je vais monter discrètement… et le surprendre ! Savourant ma victoire à l’avance, je me déconcentre un instant de trop ! Une tape vive sur l’épaule me fait sursauter ! Je fais volte-face et découvre Ève, les yeux écarquillés, l’index sur les lèvres. Elle m’indique l’étage d’un hochement de tête, avant de disparaître… Je vais surprendre Adam.
Je ressors du péristyle, prends la première ouverture, entame la montée des marches, et m’arrête sur le premier palier… Je suis quand même troublée d’entendre encore la course étouffée d’Adam ! Pourquoi court-il sans relâche autour de la galerie ? Quelque chose cloche. Est-ce un piège vers lequel je me précipite ? Consciente de mon imprudence, je poursuis quand même l’ascension… La seconde volée franchie, je m’avance prudemment à l’entrée de la galerie. Adam, dans l’ombre, accourt dans ma direction ! Je vais lui barrer le passage ! Campée sur mes jambes, les bras en avant, je m’apprête à ce qu’il me percute… mais tel est pris qui croyait prendre ! Un hologramme préenregistré me traverse ! Le contact dévoile mon camouflage… et Adam apparaît devant moi ! Il hausse les épaules, il fait semblant d’être désolé, mais ses yeux pétillants trahissent son excitation.
« J’ai gagné ! » annonce-t-il tout haut. Jade et Thomas apparaissent au bout de la galerie.
« Bravo, Adam ! » résonne la voix de Mel. Je me penche à la balustrade pour l’apercevoir en compagnie d’Ève.
