4.6.0
Mel
Le vaisseau solène a repris son odyssée… Nous avons frôlé Aporéa, avant de mettre le cap sur la troisième planète du système : Orka, une planète brun et blanc avec une lune.
Ètèkot nous appelle en salle de navigation… Lorsque nous arrivons, la salle n’est éclairée que par les lueurs des appareils de contrôle. Les cloisons sont encore opaques.
« Patience… jeunes anges… », annonce Ètèkot, le ton railleur. Il descend de son siège. « Nous sommes en approche finale d’Orka. » Il s’avance près d’une console, et déclenche un hologramme. « Je vous présente… notre prochaine étape… » Une représentation tridimensionnelle apparaît. Une planète couverte d’épaisses masses nuageuses, brunes, blanches, animées de circonvolutions complexes. Sa surface est invisible.
« Orka et Soléna ont des dimensions similaires. La pesanteur…
— Est comparable à celle d’Éthaï, complète Lepte.
— Exactement. Sa température moyenne avoisine les 45 °C… ce qui n’a pas toujours été le cas. Son atmosphère est similaire à celle d’Édora. Ses composés, riches en oxydes d’azote et en dioxyde de carbone, rendent l’air… irrespirable.
— Encore une charmante planète ! » L’hologramme présente une surface rocailleuse balayée par des vents violents. Des formes squelettiques se devinent sous d’épais nuages couleur de bitume.
« Voilà tout ce qui reste de la végétation », précise Ètèkot. L’hologramme s’éteint. « Orka n’a pas toujours été cette planète inhospitalière… Elle était autrefois… la planète la plus évoluée du système d’Aporéa !
— Était ? reprend Jade.
— Oui ! L’espèce dominante s’est rebellée contre la dictature emnos. À tel point… que ces derniers ont choisi… d’anéantir toute vie sur la planète !
— Wouah ! lâche Jade.
— Et vous avez laissé faire ? » Je suis surpris, offusqué. Le Solène ne répond pas.
« J’espère qu’on n’a pas déclenché la perte des Oraks ! grimace Jade.
— Ouais… Pourvu qu’ça n’arrive pas à Torakis ! » rebondit Thomas. Un nouvel hologramme se manifeste.
« Orka… autrefois… était un véritable éden. Sa civilisation cultivait un raffinement et un art de vivre… hors du commun », annonce Ètèkot.
Sous un ciel bleu azur apparaît un paysage panoramique de croupes arrondies recouvertes d’une végétation luxuriante. Les images défilent, et une côte rocheuse, avec des criques de sable blanc, se présente au bord d’une mer aux eaux turquoise. Un village pittoresque de petites maisons blanches est niché au cœur d’une crique. La caméra pivote vers le large, où se détachent une île montagneuse et de nombreux îlets. La ligne d’horizon devient flamboyante, et une onde rouge, au front brun, envahit le ciel et masque Aporéa ! L’atmosphère entre en combustion ! Le ciel, écarlate ! s’enflamme ! et se couvre de nuages noirs ! Les îles disparaissent… et le bord de côte est frappé par une onde de choc qui souffle et grille toute végétation !
« Voilà ce à quoi sert, ce que vous avez découvert sur Torakis sous le nom d’understrup, reprend le Solène. Avec un catalyseur adapté, et suffisamment de minerai stocké dans des endroits précis, les Emnos peuvent déclencher une réaction en chaîne qui ionise les gaz atmosphériques en plasma ! La réaction en chaîne les métamorphose en oxydes d’azote et en dioxyde de carbone. Ce qui entraîne un gigantesque effet de serre quasi immédiat. Toute vie, animale et végétale, a disparu de la surface d’Orka en quelques heures !
— Et nous devons vous préciser, ajoute Lepte, que lorsque les Emnos débarquent sur une planète civilisée, l’une de leurs premières actions, c’est de dénicher des zones désertiques pour y forer de profonds puits. Des puits au fond desquels ils déposent understrup et catalyseur… De véritables bombes à retardement qui constituent un excellent moyen de pression… Les habitants d’Orka ont refusé de croire à la menace. »
L’hologramme s’efface… les lumières des consoles s’éteignent… Le moment attendu ne va pas tarder ! Et l’espace se dévoile : nous approchons une lune blanchâtre à la surface creusée de profonds cratères et parcourue de longs sillons. Le Myth Okhzol ralentit, il survole la lune à basse altitude, alors qu’Orka apparaît derrière la courbure de son satellite naturel. Les nuages opaques des couches de la haute atmosphère, blancs à beiges, à l’aspect laiteux et très réfléchissants, dissimulent entièrement la surface. Le vaisseau se rapproche pour se placer sur une orbite géostationnaire… À, d’après Lepte, 32 000 km au-dessus de l’équateur…
Nous nous équipons… comme pour l’exploration d’Édora… avec un dispositif d’éclairage individuel supplémentaire : un tube d’une trentaine de centimètres qu’il suffit de frotter pour qu’il s’éclaire. L’électricité statique générée induit une lumière froide, bleu-gris, pendant près de dix minutes ! Une autonomie intéressante au vu de la simplicité de l’appareil. Lorsque la lueur vire au violet mauve, il suffit de le frotter de nouveau pour qu’il se recharge. Jade s’étonne de la teinte de la lumière : Lepte répond qu’elle n’a pas été choisie au hasard. L’addition des longueurs d’ondes, émises par le tube, avec celles des brumes d’Orka, dispenserait un éclairage adapté à notre vision… À vérifier sur place.
Nous retrouvons la soucoupe, et nous plongeons à travers un épais brouillard laiteux… qui se dissipe soudain ! Nous découvrons un vallonnement de terres sombres… Le paysage, lunaire, s’étend sous un ciel opaque brun-jaune. Hérissés comme des touffes de poils naissants, quelques reliefs de végétaux fossiles pointent çà et là. Un océan se profile à l’horizon. Lepte se dirige vers l’océan, avant de ralentir… et de stopper au-dessus de l’embouchure d’un fleuve. Un site stratégique où une ville a été construite. Une ville et non pas le petit village aperçu sur l’hologramme. Entre les toits noirs des innombrables habitations, apparemment intactes, se distinguent les tracés rectilignes de grandes artères. Quatre ponts en arc enjambent les eaux troubles du fleuve qui s’élargit, avant de se jeter dans l’océan. Un océan sinistre, brun-gris, au chatoiement verdâtre…
« Nous y voilà, annonce Lepte. Je vous laisse découvrir le site. Ici, vous ne risquez aucune mauvaise rencontre… mais faites attention aux éboulements, et ne vous approchez… ni du fleuve… ni de l’océan. Leurs eaux sont gorgées d’acides.
— Charmant ! Et si tu nous accompagnais ?
— Ce n’est pas prévu.
— Oh ! S’il te plaît ! », insiste Jade. Lepte nous observe tour à tour.
« Je t’ai trouvée… excellente guide à Akou Tari.
— Eh bien soit ! Je vous accompagne ! » Elle positionne son casque… et se rapproche de la plate-forme centrale.
« Adam ! Je te laisse les commandes. Dès que vous êtes prêts…
— Tu connais la ville ? demande Thomas, la main droite sur la visière.
— Absolument pas. Je vais la découvrir… tout comme vous.
— Nous comptons sur tes commentaires éclairés, sourit Éoïah, avant de positionner son casque.
— Prêts ? demande Adam, les deux mains au-dessus des commandes.
— C’est bon ! répond Ève.
— Alors… c’est parti mon kiki ! » annoncé-je d’une traite pour prendre Thomas de vitesse. Thomas qui me fait un clin d’œil. La dépressurisation de la soucoupe amène un puissant courant d’air. Adam entame la descente… Nous sommes… à moins de deux cents mètres de la cité. Les différents édifices, quelles que soient leurs dimensions, ne semblent pas avoir plus de trois niveaux.
Lepte indique une place triangulaire qui, en surplomb, domine la baie. Nous nous rapprochons, et nous mettons pied à terre…
