Chapitre 5-22

Yin Thu Seng

Éclairée par les puissants spots du bathyscaphe, je remonte lentement la zone abyssale de Coprates Chasma pour retrouver les terrains chaotiques de la zone bathyale de Capri Chasma…

Je n’ai pas remarqué de changement notable de température dans la zone abyssale. Les aires de répartition des organismes sténothermes ne semblent pas affectées par les désordres liés au séisme.

Les échos sonar indiquent une forme sur la droite. J’incline légèrement le joystick pour me rapprocher… de la carcasse d’un cétacé. Longue d’environ six mètres, elle repose sur le fond marin. Sa crête dorsale est nettement visible, comme sa zone frontale bulbeuse, c’est un béluga.

« Identification ! » Les myxines et des milliers d’amphipodes sont déjà présents, les charognards ont entamé le festin. La balise est encore présente, les détails défilent devant moi. Il s’agit d’une femelle de 28 ans, Mukinka. L’écho sonar clignotant repère l’approche d’une belle bestiole. Elle vire, elle semble vouloir m’aborder par l’arrière. Je fais pivoter le joystick… à temps pour découvrir une impressionnante laimargue. Faisant fi des projecteurs, elle fonce sur moi et me bouscule d’un coup de tête…

« Wow ! » Le comportement, tout à fait inhabituel, du requin me surprend.

« Identification ? »

Je suis stupéfaite d’apprendre qu’il s’agit d’Arthur, l’un des plus vieux vertébrés introduits sur Mars, il y aura bientôt deux siècles ! Déchaîné, il revient pour une deuxième charge… Il heurte le bathyscaphe d’un puissant coup de queue ! Ce qui stoppe les moteurs et éteint les projecteurs…

« Arthur ! Mon vieux ! Mais qu’est-ce qui t’arrive ? » Le silence, l’opacité des grands fonds, ne me font pas peur. Mes yeux s’habituent à l’obscurité, ils remarquent maintenant une véritable invasion de poulpes “Dumbo”. Ces créatures fabuleuses, fragiles, surgissent des ténèbres… Elles volettent, presque irréelles, en un ballet gracieux et féérique.

Un magnifique spécimen de cestum veneris, la “Ceinture de Vénus”, diaphane, de plus d’un mètre cinquante, fait irruption sur la gauche… lorsqu’Arthur réapparaît : il fonce à nouveau sur moi !…

Sous le bruit sourd du choc et les craquements de la coque, je suis vivement bousculée…

« Bon ! Cette fois, ça suffit ! » J’enclenche le redémarrage des moteurs… mais rien ne se passe… Je recommence… toujours rien… Là, l’angoisse commence à monter…

« C.É.O. Valles Marineris, ici Yin Thu Seng. Vous me recevez ? » Aucune réponse.

« C.É.O. Valles Marineris, ici Yin Thu Seng… Vous me recevez ? »