L’idée est venue à “Numéro 3″ de tenter de communiquer avec nos compagnons à l’aide du code morse, un code relégué au rang de curiosité historique. Irina et moi l’avions appris… au cours d’un lointain stage… C’était dans le but de transmettre des messages en Scott, le Morse lumineux, mais nous n’avions pas pratiqué depuis…
Après un effort conjoint de mémoire, grâce à nos souvenirs de l’agencement des paires de lettres sur un arbre binaire, nous avons commencé à tambouriner en cadence contre le sas de pressurisation… Avec nos lampes torches qui refusent toujours de s’allumer.
Trois coups brefs, trois coups longs, trois coups brefs, un SOS, fut la seule réponse réitérée à la suite de chacune de nos transmissions… Probablement la seule séquence que nos compagnons sachent projeter. Un appel à l’aide connu et archiconnu.
*
Estimant que mes efforts à détailler les instructions de l’ouverture manuelle du sas sont vains, je m’apprête, avec une moue dubitative, à les retransmettre une dernière fois… lorsque ma lampe s’allume et m’éblouit !
Trois autres torches, dont l’interrupteur était vraisemblablement resté enclenché, s’éclairent de concert ! Le sifflement de la ventilation reprend… et les témoins lumineux du cockpit s’animent les uns après les autres ! Irina me jette un regard surpris, méfiant. Nous nous rapprochons du cockpit, lorsque le sas s’ouvre. Karl apparaît, alors que la pesanteur artificielle se rétablit…
« Qu’est-ce qui s’est passé ? » Il est aussi blême que s’il avait eu la peur de sa vie.
« Nous éclairerons votre lanterne… quand nous y verrons un peu plus clair, répond sèchement “Numéro 3”. Nous devons vérifier les paramètres du Nergal, Qu’est-ce qui n’va pas ? » Le ton est autoritaire.
« Eh bien… » J’hésite, réfléchissant à lister avec cohérence les incidents que je vois fleurir devant moi. « Pour commencer, la date et l’heure… C’est un reset complet, nous voilà au premier janvier ; il est 0 heure, 0 minute… L’accès aux réseaux est interrompu, les ressources sont manquantes… Donc le guidage ne fonctionne pas… Mais c’est apparemment tout. »
Anaïs nous rejoint, elle se rapproche des commandes et tente, avec Karl, un reset des calculateurs… sans résultat. Irina et moi les aidons à démonter la paroi externe du cockpit pour permettre l’accès aux dispositifs électroniques… Ils ne semblent pas avoir souffert. Équipé d’une tablette extensible qui fonctionne, Sunil passe en revue les éléments…
« À part la base temporelle, qui a bien été réinitialisée… » Il fronce les sourcils. « … tout me semble correct… Mais je n’ai aucun réseau, donc aucun guidage… Nous sommes… seuls, totalement seuls… Irina ?
— Oui ?
— Marcus ?… À vous deux de nous diriger ! À vous deux de nous amener à bon port !
— Aucun réseau de télécom ? reprend “Numéro 3″, l’air sceptique. C’est-à-dire ?
— Nous émettons, précise Sunil, enfin… il me semble, mais nous n’accrochons aucun réseau.
— Alors, stoppez les coms ! » s’écrie James. Saisissant aussitôt sa crainte, j’arrête immédiatement l’émetteur.
« Mieux vaut rester silencieux ! On n’est jamais trop prudent ! »
L’émetteur coupé, un bruissement étrange se fait entendre.
« Et ça ? demande “Numéro 3″, l’index droit pointé vers le plafond, le gauche contre les lèvres.
— Ṣarpānītu, appelle Sunil. C’est quoi… ce bruit de fond ? Tu peux amplifier le son ?
— Des signaux térahertz. » Une friture musicale très grave mêlée à des grésillements sourds résonne. « Ce que vous entendez, c’est la transcription des informations isolée du bruit de fond… Ce langage m’est inconnu.
— Langage !? s’exclame James, les yeux écarquillés. C’est un langage ?
— Un langage semi-compilé. Je ne peux le décoder.
— Alors, enregistre-le ! ordonne Sunil.
— Les enregistrements sont déjà en cours.
— Bien !
— Alors qu’est-ce qu’on fait ? On reprend notre route vers Mars ?
— Aaah ! » “Numéro 3″ grimace. « Les vaisseaux extraterrestres ont pris la direction de Mars. Sans connaître leurs intentions, ce serait pure folie que de les suivre. Ils ont déjà brouillé nos communications, je doute qu’ils soient pacifiques.
— A-t-on assez d’énergie pour revenir sur Terre ? s’inquiète Anaïs.
— C’est c’que j’vérifie, réplique Karl.
— Alors ? s’impatiente “Numéro 3″.
— Un instant ! Comme aucun relais ne semble fonctionner, le vaisseau doit déterminer notre position par triangulation…
— Et nos relais ? Ceux de l’Organisation ? précise “Numéro 3″.
— Aucun signe, répond Anaïs qui secoue négativement la tête.
— Mmm… grimace “Numéro 3″.
— Nous pouvons rentrer sur Terre en économisant nos ressources et nos énergies, reprend Karl. Il nous faudra… » Il plisse le front. « … environ 170 heures supplémentaires.
— Ce qui nous fait… 31 jours, reprend Sunil, le visage déformé par une grimace de contrariété.
— Une arrivée sur Terre autour du 28 octobre, résume Anaïs.
— S’il n’y a pas d’imprévu ! ajoute James, l’air pensif.
— Et pour l’arrivée d’Alpha Cent ? s’inquiète Yang. Vous pensez que tout est lié ?… Les messages de PXA 5760, l’expédition, le trou noir, le retour inattendu du vaisseau, et maintenant… un semblant d’invasion ?… Ils sont peut-être pacifiques ?
— Peut-être… peut-être pas, réplique James. Moi aussi j’aimerais bien en avoir le cœur net… Mais on n’peut pas risquer de tomber dans un traquenard.
— Tout ça… pour rien… regrette Sakari.
— Nous jeter dans la gueule du loup… ou faire demi-tour, nous n’avons pas vraiment le choix, résume Sunil.
— Alors, rentrons », décide “Numéro 3″.
