Ivre de puissance, brûlante d’une joie pure, je tourbillonne autour d’une courbe lumineuse qui rayonne, flamboie, irradie. Elle émet des lueurs changeantes qui se nuancent du rose au violacé. Cet arc d’énergie explose pour former un nœud… d’où partent de nouvelles courbes… Je rebondis jusqu’au nœud suivant, prends de la hauteur, et découvre un enchevêtrement infini de courbes, les mailles d’un immense filet de lumière qui illumine un néant absolu…
« Le temps, Maman ! » annonce une voix féminine douce et rassurante. Je sursaute, fais volte-face pour découvrir un être de lumière qui me sourit tendrement… Vêtue d’une robe éthaïre, une jeune femme brune, aux yeux verts, me fixe avec douceur et bienveillance. Il émane d’elle une sérénité protectrice… une profonde paix intérieure… une sagesse infinie… L’être s’évanouit dans le néant, me laissant seule, perplexe…
« Chaque cristal est unique, Maman ! » lance une nouvelle voix, plus grave, plus pénétrante. Je pivote à nouveau pour me retrouver devant une femme âgée aux longs cheveux bruns. Ces yeux vert opaline au regard si puissant, si profond… Je suis devant la même personne, même si son physique s’est modifié.
« Ce n’est qu’une pièce d’un gigantesque puzzle. » Elle disparaît.
« Maman… » reprend une petite voix.
Je me retourne et découvre une enfant ! Une petite fille qui m’observe, la tête levée et penchée sur le côté. Elle a le visage pâle, les cheveux châtain foncé. Ses yeux clairs ont le même regard étrange…
« Tu interagis physiquement sur trois dimensions de l’espace… et tu subis les dimensions du temps… Mais le temps n’est pas immuable… Sans que tu t’en aperçoives… sans que tu le maîtrises réellement… dans tes voyages extracorporels, tu t’orientes dans le temps… Tu es l’origine, Maman… Zand a franchi les limites de cet univers ! » Elle plisse les yeux…
« Zand n’est que de l’énergie… Moi je naîtrai dans la nuit du 27 au 28 juin… Je t’aime, Maman… » Elle me sourit… avant de se dissiper dans les ténèbres… Je sursaute et me redresse, appuyée sur les coudes, dans l’obscurité de la cabine.
« Oh !… Mel ! Qu’est-ce qu’on a fait ?!
— Hein ?
— Mel… Je suis enceinte… Notre fille… elle me parlait.
— T’as rêvé.
— Non, j’t’assure !
— Mmm ! Et qu’est-ce qu’elle te disait ?
— Elle me parlait du temps.
— Ah ! Et il fera beau, demain ? » Il éclate de rire.
« Mmm !… Idiot ! » Je le bouscule… avant de le chevaucher…
