Chapitre 5-44

5.2.9 NERGAL

Marcus Benton

Cela fait maintenant l’équivalent de six jours que nous recevons un étrange signal lancinant, répétitif et dérangeant. Une musique sombre, mystique, oppressante, qui palpite en rythme ternaire. Des percussions macabres, menaçantes, comme résonneraient des battements de tambours de grandes tailles.

Elle retentit sans cesse dans nos haut-parleurs, s’insinue dans les moindres recoins du Nergal, métamorphosant presque notre atmosphère.

Son incantation souille, corrompt, infecte l’esprit. Elle contamine et gangrène notre environnement. Les claquements secs prédominent, comme des roulements de tambours, mais certains passages, aux sons aériens, éthérés, planants, d’instruments à vent, contrastent avec la noirceur obsessionnelle de cette mélodie hypnotique.

L’origine du signal se déplace sur une trajectoire quasi parallèle à la nôtre. Il s’agit d’une escadrille de cinq des sept vaisseaux aperçus le 26 septembre.

Nous les avons identifiés grâce à l’un de nos systèmes afocaux, un télescope Dagov. Ils avancent en formation et dessinent un parfait pentagone.

Provenant de Mars, nous avons tout d’abord pensé, avec angoisse, qu’ils venaient à notre rencontre. Mais les calculateurs ont démontré que ce sont nos destinations qui coïncident.

Deux vaisseaux demeurent invisibles, indétectables. La flottille, environ 3,4 fois plus rapide que notre Nergal qui avance à l’économie, ne va pas tarder à parvenir à notre hauteur… et très certainement nous dépasser.

Pour rester le plus discrets possible, nous n’avons pas modifié notre trajectoire. Ils vont nous frôler à quelque six cents kilomètres. Tous nos systèmes optiques seront braqués sur eux, nous comptons bien résoudre le mystère des deux vaisseaux manquants.

*

Vendredi 18 octobre, 21 h 17 GMT

Irina, aux commandes, a de la compagnie. Nous nous sommes tous massés devant le cockpit vitré pour suivre la course d’un petit point lumineux… L’objet est agrandi sur trois écrans qui retransmettent ses images et ses signatures sous différents spectres, des ondes radio aux rayons gamma.

À moins qu’ils n’aient développé un mode furtif qui nous échappe, ce qui reste fort probable au vu de leur avance technologique certaine, nous ne détectons que cinq vaisseaux.

Ils utilisent un mode de propulsion hybride. Les trois propulseurs conventionnels de chaque vaisseau disposent d’une puissance additionnelle générée par leurs systèmes d’anneaux. Reliés les uns aux autres par d’intenses faisceaux bleutés, ils forment un pentagone régulier étoilé inscrit dans un pentagone régulier convexe…

Un pentagramme qui laisse “Numéro 3″ songeur…