Notre Marstroller a décollé, et Phoria nous a présenté notre destination : la mine de Mangala, une ancienne mine de nickel, exploitée il y a deux siècles. Une mine comprenant quatre niveaux principaux. Le dernier s’enfonce jusqu’à 2 100 mètres sous la surface. Isolé, il a été reconverti au XXIIIe siècle en laboratoire des profondeurs. Un site coupé du monde destiné à accueillir des expériences d’astrophysique et de biologie…
Équipé d’une tablette extensible, Adel descend de l’appareil… Il revient quelques instants plus tard, deux doigts levés en signe de victoire : « Alimentation principale… rétablie ! Air conditionné… » Il a une mimique de dégoût. « … rétabli ! Prenez des provisions… de l’eau… » Il prend un air énigmatique, mystérieux. « … des fois que. »
Phoria nous invite à descendre.
Je découvre un hangar de stockage taillé dans la roche… et une grande galerie rectangulaire éclairée par une enfilade de tubes. Le souterrain semble sans fond… Quatre rails forment deux voies parallèles qui s’enfoncent dans la montagne… Le sol et le plafond sont bétonnés. Les parois, taillées dans une roche brillante jaune bronze, sont brutes.
Sous les claquements du refroidissement des réacteurs, j’entends gronder un bourdonnement sourd qui semble provenir des entrailles de Mars.
Yves, l’air songeur, me dépasse pour rejoindre la galerie : « Une pentlandite… » Il caresse la paroi rocheuse de la main droite. « … avec pyrrhotite. Un gisement de sulfure de nickel bien loin d’être épuisé. » Phoria acquiesce de la tête.
Nous nous enfonçons dans la galerie… Une première bifurcation apparaît à quelque trois cents mètres de l’entrée. Guidés par Adel, nous empruntons la voie de droite… Un nouveau tunnel nous amène, quelque trois cents mètres plus loin, dans une vaste salle carrée au centre occupé par deux robustes monte-charge. À l’entrée de la salle, un système de double aiguillage réunit les deux voies et dirige deux rails parallèles vers chaque monte-charge. Commandée par Adel, une grande cabine se présente… Les portes grillagées s’ouvrent…
« La première fois qu’on est v’nus ici… » Adel grimace. « … j’vous explique pas l’odeur ! »
Nous entrons dans la cage… Une cage prévue, au vu des rails enchâssés dans le plancher, pour supporter le poids d’un wagonnet !
« Et c’est parti ! lance Adel qui appuie sur la commande du monte-charge. Niveau suivant à… moins 700 ! »
Les portes grillagées se referment… et la cage amorce la descente dans un inquiétant fracas métallique renvoyé en écho… Une plongée traînante, interminable, sous la lueur blafarde d’une seule rampe circulaire… Je dois déglutir plusieurs fois pour compenser la différence de pression… Éria fait semblant de s’endormir.
Lorsqu’enfin nous arrivons, ce sont les portes d’en face qui s’ouvrent. Nous aboutissons dans une salle identique à celle de l’étage supérieur.
Deux galeries partent dans des directions opposées. Adel, l’index et le majeur collés, nous indique l’une d’elles… Quelque trois cents mètres plus loin, nous tombons sur une nouvelle salle. Nous prenons un nouveau monte-charge qui nous conduit au niveau suivant…
La salle que nous découvrons comporte trois accès. Adel nous désigne celui du milieu… Nous marchons encore quelque trois cents mètres, le long d’une voie unique, avant de découvrir une autre salle… Les rails se dirigent vers une galerie obscure… Il n’y a qu’un seul monte-charge dans la salle. Un monte-charge bien différent des précédents. Il est doté de portes étanches qui arborent les logos dissuasifs prévenant de possibles contaminations chimique et radioactive…
« Ce coup-ci, c’est l’bon ! assure Adel.
— Vous… êtes déjà descendus ? » s’inquiète Lewis. Adel confirme d’un hochement de tête.
La troisième descente est la plus pénible… Cette fois, nous devons supporter une augmentation de la pression avec un accroissement de la température et de l’humidité…
« Moins 2 100 ! » précise Adel lorsque la cabine s’arrête. Ses yeux sont écarquillés par une inquiétude feinte. Il souhaite nous impressionner… Les portes s’ouvrent sur un tout autre décor. Une grande salle blanche au plancher recouvert d’un revêtement gris et jaune, et au plafond à caissons avec extracteurs. Il y a de nombreux appareils scientifiques et des modules équipés de rideaux souples. Je vois quatre accès, tous dotés de sas sécurisés.
« Bienvenue dans le repaire des rebelles ! lance Adel. Ici, nous sommes indétectables ! Les Emnos ne nous trouveront pas.
— Vous avez un véritable labyrinthe de laboratoires et de couloirs derrière ces sas, indique Phoria.
— Nous sommes en totale sécurité, ajoute Adel.
— Vous êtes sûrs qu’on pourra remonter ? s’inquiète Lewis.
— J’espère bien ! » réplique Adel.
