Adam – SS 2
Équipé des lunettes interactives, je prends la route à 19 h 53, heure locale, en compagnie de mon encombrant passager. Encombrant… bien qu’invisible.
L’autoroute, de deux fois deux voies, ou deux fois trois voies, est large. Dans les virages, elle se transforme en deux gouttières évasées. Nous quittons le Panama, pour le Costa Rica, à 22 h 16. L’horloge digitale clignote… avant d’indiquer 21 h 16 ! Nous traversons le Nicaragua, le Honduras… Au Salvador, un début de crampe menace mon mollet droit… Je décide de nous accorder un premier arrêt pour nous dégourdir les jambes sur une aire de repos déserte… Ensuite arrive le Guatemala, puis le Mexique…
À 3 h 58, la physionomie de l’autoroute change radicalement ! Et c’est là que je comprends le surnom de la voie ! Les gouttières se referment et nous nous retrouvons dans un tube ! Je peux ainsi tester, sans la force de l’esprit, l’exceptionnelle tenue de route du véhicule ! Mes écarts de conduite, volontaires, sont automatiquement corrigés par les systèmes embarqués. Et les compensateurs inertiels sont d’une remarquable efficacité ! Les loopings sont… plaisants… La SS 2 ?… Il ne lui manque que les ailes.
La qualité acoustique, à l’intérieur de l’habitacle, est, elle aussi, étonnante. Je peux même faire profiter à Origni de mes morceaux préférés, entre autres Phobos Tribe de Lord Diz, Smoke & Mirrors d’Apollo 440, Adrénaline de Benjamin U-C…
Un bémol pour le surnom de l’autoroute. Je n’aurais pas appelée “El Tubo”, mais plutôt “El Tortillon”… Olé !
Nous sommes dans l’état de San Luis Potosí, lorsque nous retrouvons le ciel. Le soleil se lève sur un plateau d’altitude ourlé de crêtes montagneuses boisées… Je m’arrête sur l’aire de Bermejillo. Je vais nous chercher à déjeuner dans un petit centre commercial… et nous pique-niquons à l’abri des regards. Au moment de reprendre la conduite, je choisis de ne pas remettre les lunettes. Je vais piloter à vue.
À 11 h 32, à l’approche des États-Unis, l’heure se modifie pour revenir à 10 h 32. À 12 h 38, nous changeons de fuseau horaire pour la troisième fois… Il n’est plus que 11 h 38 ! C’est une véritable course contre la montre ! À notre second midi, je stoppe sur une aire de repos près de Pine Valley. Un site avec un magnifique panorama sur le pic Cuyamaca… Éoïah me transmet les coordonnées de notre destination.
À l’approche de la zone urbaine de San Diego, quarante-deux kilomètres avant l’arrivée, alors que la circulation se densifie, la SS 2 ralentit d’elle-même… Je laisse le relais au pilote automatique… et me fais doubler pour la première fois !
*
La SS 2 vient de s’engager dans une petite ruelle… Il nous reste… 1800 mètres ! Nous arrivons !… Je vais faire la connaissance de mes grands-parents paternels !
« Adam ! m’interpelle Mel. Il n’y a personne. » Mon enthousiasme retombe aussitôt. « Tu verrais le domaine ! »
La SS 2 stoppe devant un portail en bois massif sombre… Un haut mur, recouvert d’un enduit ivoire, dissimule la propriété… Des caméras gardent l’entrée de la forteresse.
« Alors ?… Qu’est-ce qu’on fait ?
— Adam Louie ? » Une voix synthétique féminine.
« Oui ?
— Un instant.
— Je souhaite rencontrer Yang et Sakari Taylor. J’ai un message à leur transmettre.
— Veuillez patienter, Adam… »
Sans dire un mot, j’envisage avec Mel les différentes options… Faire demi-tour… pour aller où ? Que faire d’Origni ? Attendre le retour des Taylor ?
« Veuillez entrer », reprend la voix ! Le portail coulisse sur le côté… Un parc d’arbres majestueux apparaît. La SS 2 redémarre silencieusement, elle s’engage, entre deux imposants massifs d’agaves, sur une large allée gravillonnée ocre… Une bâtisse monumentale se présente au détour d’une large courbe ! Elle domine un jardin qui surplombe l’océan Pacifique !
Papa ne nous avait pas décrit la propriété de ses parents. Je ne m’attendais certainement pas à trouver une telle villa… Si le système peut être court-circuité, la propriété fera un excellent refuge pour Origni.
