7.1.0 TERRE
29 janvier 2392
« Maman… Le pardon, Maman… Je suis sûr qu’elle regrette son geste. On doit lui pardonner ! » Mel insiste ! Et ce devant Yves et Perthie ! Éria ne répond pas. Elle me regarde, l’air dépité, et se contente de grommeler. Extrêmement chagriné, je ne peux que soupirer et hausser les épaules d’impuissance.
Ce n’est pas la première fois que mon fils me surprend. Mais cette fois, sa réaction, son détachement, sa froideur, me choquent profondément. Non seulement la disparition d’Ève n’a pas l’air de l’affecter outre mesure, mais voici qu’il se positionne en donneur de leçons de vertu ! Accorder le pardon à Assibir Kat Orfax !… L’Emnos qui a fait abattre le Marstroller d’Ève ! L’Emnos qui a anéanti celle qu’il aimait ! Comment peut-il se comporter ainsi ? Je ne comprends vraiment pas…
Yves ne montre pas sa peine. Il se dit qu’il se doit d’être fort, qu’il ne doit pas craquer… C’est aussi sa manière de protéger et de soutenir Perthie. Nous avons eu le temps d’en parler pendant le trajet. Je ne sais que trop ce qu’est le terrible drame de la perte accidentelle d’un être cher… Un choc si brutal, si traumatisant. Lya, Ilse, Peter… Ilse aurait 24 ans, Peter, 22… Chacun encaisse le coup à sa manière… Mel, c’est certain, ne me ressemble pas… ne nous ressemble pas.
Et Thomas ?… Thomas non plus n’a pas l’air affligé par la disparition de sa sœur. Il reste accroché au cou de sa maman, comme pour atténuer le chagrin de Perthie, mais je n’aime pas les regards déplacés qu’il jette en douce à Jade… Le virus a-t-il transformé nos enfants en monstres sans cœur ?
« Papa ! Non, me lance Mel, le regard attristé. Ne pense pas ça. »
« Et qu’est-ce que vous avez fait, demande Anna, depuis qu’vous êtes sur Terre ? » Elle souhaite visiblement changer la conversation.
« On n’va pas rester là, intervient Adam, l’air soucieux. On s’rait mieux dans le salon d’attente.
— On n’ferait pas mieux d’quitter l’astroport ? demande Lewis. On va prendre une navette pour Addis…
— Non Papa, réplique Jade. On attend encore un peu.
— Ah ? Et qu’est-ce qu’on attend ? réplique Lewis, perplexe.
— Venez… » Une main tendue, Mel nous invite à entrer dans un salon. Un salon sans fenêtre avec un distributeur de boissons et des banquettes ordinaires à structure métallique. Thomas entraîne sa maman vers le distributeur…
« Alors qu’est-ce que vous avez fait ? » reprend Anna, lorsqu’une puissante détonation retentit ! Le sol se met à trembler !
« Qu’est-ce qui s’passe encore ? » s’alarme Lewis. Les rampes lumineuses clignotent, puis s’éteignent. Les enfants ne réagissent pas. Ils restent impassibles, de marbre ! Calmes, très calmes, trop calmes !
« Attendez… » La pensée de Mel, calme, sereine. Un ton qui contraste avec la fureur des éléments qui se déchaînent ! Provenant de l’entrée du salon, la lumière du jour décline ! Un hululement inhumain monte dans les aigus… et les ténèbres nous engloutissent !
« C’est ça qu’vous attendiez ? s’écrie Lewis.
— Oui.
— Et qu’est-ce qui s’passe ? Qu’est-ce que c’est ?
— L’apocalypse », répond calmement Mel.
