Origni Kar Atvédef – Phou Bia Laos
J’ai guidé la flottille d’apsilos et les Abat Garanta des Tanacé 4 et 5 jusqu’à Phou Bia, la base du Laos. Ensuite, j’ai introduit mes compagnons auprès des instances de l’Organisation… Je suis aussitôt reparti récupérer Adria et sa capsule au-dessus d’une mer houleuse au large de Java ! Je l’ai remorquée jusqu’à l’île Christmas, avant de l’embarquer à bord d’une aile volante terrienne. Un appareil mis à ma disposition pour la conduire jusqu’à Phou Bia…
Je pensais souffler un peu… mais Enki me confie déjà une nouvelle mission !
La capacité d’accueil de la base de Phou Bia arrive à saturation. L’Organisation efface toute trace de trafic, mais ses moyens techniques sont à la limite du débordement. Marcus Benton et un certain Karl Steiner partent superviser l’aménagement d’une nouvelle base dans l’archipel des Aléoutiennes… Enki me prie de les accompagner ! Une équipe technique de huit personnes serait déjà sur place.
Je suis ravi qu’Ilias se joigne à nous. Mais plutôt ennuyé qu’Adria insiste pour nous accompagner. Elle n’est pas encore remise de ses émotions, et je préfèrerais qu’elle se repose… Mais devant son insistance, je finis par céder. À la nuit tombée, c’est donc à cinq que nous quittons le Laos pour Aghileen… Marcus, Karl, Adria, Ilias et moi…
Adria, Ilias et moi ! Il ne manque qu’Adar à notre quatuor de tête. J’espère que les anges de Zand tiendront parole…
Marcus aux commandes de la petite aile volante, nous faisons connaissance avec Karl Steiner. Un Humain courtaud, barbu, bedonnant, à l’accent traînant et au sens de l’humour aiguisé. Son bagout, son sens de la répartie, sont tels, que lorsque Marcus nous annonce un atterrissage imminent, je me rends compte que je n’ai pas vu le temps passer.
Avant de quitter l’appareil, nous enfilons une combinaison blanche à capuche fourrure avec passe-montagne… Un masque pour le nez et la bouche… Des lunettes de protection pour les yeux, une lampe frontale… Des gants épais et des surbottes à crampons ! Nos casques et exosquelettes sont restés à Phou Bia.
Avant de déclencher l’ouverture du hayon, Marcus nous demande si nous sommes prêts… Ilias répond par l’affirmative. Marcus dégage, puis remonte, une poignée grise… et l’arrière de l’appareil s’abaisse : une bourrasque glaciale, accompagnée d’un tourbillon de poussières blanches, s’engouffre dans l’habitacle ! Quel contraste avec la tiède moiteur d’où nous venons ! Les amplitudes thermiques sur Terre sont aussi importantes, sinon plus, que sur Kriemn.
Son écran lumineux dans les mains, Marcus nous prie de le suivre à la queue leu leu. Il descend le hayon, Karl le talonne, Adria lui emboîte le pas. Je suis Adria, Ilias ferme la marche.
À l’extérieur, la visibilité est quasi nulle. La nuit polaire est aussi opaque qu’une tempête de sable dans le désert. La lampe frontale n’éclaire pas plus d’un demi-exis. Le sol, dur, gelé, balayé par le blizzard, ne retient pas une neige qui court et tourbillonne sous les rafales !
« Vous nous amenez où, comme ça ? » braille Ilias. Ses mots se perdent, tel un chuchotis dans le hurlement du vent. Ni Marcus ni Karl ne répondent. Ou je n’entends pas leur réponse. Courbé, j’ai l’impression d’avancer dans le néant ! Quasiment à l’aveugle !
Soudain, la tempête se calme… Mais ce n’est qu’une impression. Nous avons atteint une zone abritée. Ici, une épaisse couche de neige poudreuse recouvre le sol. Un vaisseau terrien, que nos lampes éclairent, est stationné tout près. L’appareil de l’équipe technique, j’imagine.
Un hublot s’allume devant nous. Un hublot au-dessus d’une porte métallique, en façade d’un mur de béton. La neige porte de nombreuses traces, nous sommes attendus. Marcus, aidé par Ilias, tire, par à-coups répétés, la porte bloquée par la neige… L’ouverture donne sur une pièce éclairée. Une pièce aux parois de béton brut.
Nous entrons, et Ilias et moi refermons la porte, avant de retirer les lunettes, le masque et le passe-montagne. Comme Adria, Marcus et Karl.
Nous n’avons pas le temps de pousser un ouf de soulagement : Karl et Marcus grimacent en nous montrant le boîtier qui commande l’ouverture de l’autre porte : le boîtier a été forcé ! Et la porte blindée est entrebâillée ! Karl prend la tablette des mains de Marcus. Il secoue la tête et fronce les sourcils.
« Pas bon ça, lâche-t-il à voix basse, l’air contrarié.
— Qu’est-ce qui s’passe ? » Je baisse le volume de la traduction simultanée.
« Un instant. Je préviens Numéro 3. » Il tape un message.
« Le site est extrêmement sécurisé, murmure Marcus qui se frotte le menton, et là… tout le système est hors service !
— Je n’ai aucune trace de l’équipe technique, reprend Karl. Et pourquoi auraient-ils forcé la porte ? Et je n’ai d’ailleurs aucune trace de personne. » Il serre les dents. Ilias s’approche de la porte.
« Ne m’dites pas… que vous n’pouvez pas savoir où ils sont ? » Ils ne répondent pas.
« Des scanners thermiques ? propose Adria.
— L’environnement est protégé contre tout système de détection, indique Karl.
— T’as une arme ? me demande Ilias, un air désabusé au visage.
— Non ! » Je grimace et regarde Adria, qui fait non de la tête.
« Nous non plus, répond Marcus.
— Bien… » Ilias ouvre prudemment la porte blindée…
La pièce suivante est déserte. L’air empeste le moisi, le renfermé, la transpiration. C’est un vestiaire occupé par des armoires et de nombreux casiers métalliques. Avec des portemanteaux et des bancs. Je vois des surbottes, des combinaisons grand froid et tout l’attirail assorti. Je compte… huit tenues.
« Ils ne seraient pas sortis sans leur équipement. Ils sont ici. »
L’air perplexe, Karl réexamine sa tablette…
« Ben alors, ils sont où ?
— Qu’est-ce qu’on fait ? » demande Marcus. Il pose la question et propose les réponses : « On fait demi-tour ? On attend les renforts ?
— Dans combien de temps, les renforts ? questionne Ilias.
— Une heure quarante, répond Karl.
— Cent minutes… quatre-vingts nèmes… Un gref trente-quatre.
— Hou ! J’vais pas rester ici les bras croisés ! » réplique Ilias. Il pose les lunettes, le masque et le passe-montagne.
« Ils sont bien quelque part ! » Il s’assoit pour retirer les gants et les surbottes. « Alors je vais faire un tour ! » Il se relève pour dégager la combinaison. Adria et moi en faisons autant. Karl et Marcus hésitent.
« Restez là si vous préférez, leur dit Ilias. Adria, tu montes la garde. Origni ? Tu viens ?
— J’te suis.
— Attendez ! lâche Marcus. Le site est assez vaste, vous savez.
— Non ! J’le sais pas encore ! réplique Ilias.
— Je viens avec vous ! se décide Marcus qui se déshabille prestement et reprend sa tablette. L’équipe technique n’est p’t-être pas seule… » Il grimace. Ilias répond par une mimique fataliste. Nous quittons le vestiaire… pour un espace d’accueil. Avec de petites tables basses, des banquettes, un distributeur de boissons, un comptoir. Il y a trois départs de couloirs, trois options possibles. Je m’approche de Marcus pour examiner la tablette qui affiche un plan tridimensionnel des lieux. C’est un véritable dédale de couloirs, de salles, d’escaliers, de cages d’ascenseurs… Un site aussi vaste qu’à Phou Bia, ou qu’au Q.G. du Lesotho.
Ilias se penche au-dessus du comptoir :
« Un interphone ! Comment dites-vous “Y a quelqu’un” ?
— Y a quelqu’un ? répète Marcus.
— YAKELKIN ? » lance Ilias. Sa voix résonne en écho… Le bruit de la climatisation… et des bruits sourds lointains sont les seules réponses. Je propose que l’on se sépare. Qu’Adria et Karl restent ici, et qu’Ilias, Marcus et moi allions explorer les lieux… Marcus grimace, mais accepte.
« Bon… Alors ?
— À droite », suggère Marcus.
Nous prenons un long couloir, avec des portes que nous ouvrons les unes après les autres… Des salles, des bureaux, des toilettes et un réfectoire au bout du couloir. Il n’y a personne. Les locaux sont déserts. Ils ne portent aucune trace d’une occupation récente. Nous pouvons choisir de poursuivre notre chemin en continuant tout droit ou en prenant à gauche. Marcus nous indique le couloir en face. Nous traversons le réfectoire, et nous inspectons une pièce meublée de placards remplis de vaisselle, de couverts, de plateaux… Un profond local technique servant de cuisine, des resserres… Des chambres froides, vides et stoppées… Un espace de distribution donnant sur deux nouveaux couloirs… Le site semble déserté, abandonné, pourtant j’ai l’étrange sensation d’être épié.
À la question “Pourquoi l’équipe technique aurait-elle forcé l’entrée ?” s’ajoute la question “Pourquoi l’équipe technique se cache ?”. Alors sont-ils encore en vie ? Seraient-ils enfermés quelque part ? Enfermés par qui ?
Au vu de la complexité du site, nos chances de les retrouver avant l’arrivée des renforts sont minimes. Il nous faudrait quelques tamatis, les petits objets autonomes d’inspection, pour au moins sonder les couloirs et les espaces de distribution. Les tamatis sillonneraient l’ensemble de cette base en quelques nèmes.
« Et maintenant ? » demande Ilias. Marcus soupire.
« Les laboratoires ?
— Allons-y ! » réplique Ilias. Marcus prend à droite. Le couloir donne sur des toilettes que nous inspectons, et sur une porte coulissante à la partie supérieure vitrée. L’autre côté est plongé dans l’obscurité. Marcus ouvre la porte avec sa tablette… J’ai l’impression d’assister au réveil d’une machinerie engourdie. Des lampes s’allument sur un long corridor compartimenté par une succession de parois vitrées. Nous entrons, et je découvre, de chaque côté, de larges espaces de laboratoires cloisonnés par de grandes vitres.
Nous nous séparons pour accélérer notre exploration systématique. Marcus prend à droite… toujours à droite ? Ilias à gauche. Je m’avance vers le compartiment suivant, et choisis… le côté gauche. J’inspecte la suite de laboratoires, tout en gardant un œil sur Marcus et Ilias. Le risque est minime puisque les espaces sont vitrés. À moins qu’un diable ne sorte d’une armoire ou d’un recoin masqué… Rien ni personne.
Nous arrivons au bout du corridor compartimenté. Marcus s’engage sur la droite… Ilias me jette un regard entendu, et s’embarque dans la dernière série de laboratoires… Je m’approche de la porte du corridor… Une porte à la partie supérieure vitrée. Je suis surpris de la voir s’ouvrir automatiquement ! Elle s’ouvre sur un espace plongé dans l’obscurité. Je m’y aventure de quelques pas… La porte se referme derrière moi. Guidé par la lumière de la vitre teintée, je rejoins la porte, la touche… Je recule de quelques pas, reviens à la charge… La porte ne s’ouvre pas ! Je recule à nouveau… lorsqu’une voix me fait sursauter !
« Origni ! » La voix est puissante, sèche, autoritaire ! Une silhouette, imposante, massive, se cache dans l’obscurité. La silhouette s’avance… C’est l’un des nôtres. Il est plus grand que moi, plus costaud… Bien plus costaud !
« Oui… Que m’veux-tu ? »
Il dépressurise sa combinaison, retire son casque, et le jette à terre ! Galam Tot Amonrax ! Galam le belliqueux ! Galam, le second d’Abakan !
Je frôle instinctivement mon avant-bras gauche… Mais je n’ai pas le Kaïtrang ! Je ne porte même pas d’exosquelette ! Je suis totalement désarmé devant cette montagne de bestialité qui poursuit une approche lente, comme un fauve prêt à se jeter sur sa proie… Je recule contre la porte.
« Tu n’m’échapperas pas, Origni. »
Des coups sourds font vibrer la porte.
« Origni ! La porte est bloquée ! » C’est la voix étouffée d’Ilias. Je ne me retourne pas, je ne veux pas quitter Galam des yeux. Une lueur sadique anime un regard froid et cruel. Ma seule chance, c’est la fuite… mais toute retraite est coupée ! Je suis coincé avec un tueur fou qui a juré ma perte… Il semble s’amuser de ma frayeur. D’un geste lent de la main droite, Galam retire le svakia de son étui. Je suis surpris de le voir, de son autre main, dégrafer l’exosquelette, le détacher et le jeter à terre. Il lance son svakia à mes pieds !
« Origni ! Bats-toi comme un emnos ! »
Je ramasse le svakia, me jette d’un bond sur la gauche de Galam, et tente au passage, le bras droit tendu, de lui porter un coup vif à l’épaule droite ! Il esquive ! Je pivote… pour recevoir la tête de taureau de Galam dans l’estomac !
Le souffle coupé, brutalement projeté contre le mur, je lâche le poignard et tombe assis… Galam se rapproche du svakia, il le renvoie vers moi d’un coup de pied… Je tends la main pour l’attraper, essaie de me relever, mais retombe.
« Ttt, ttt, ttt… Allez ! Lève-toi ! N’oublie pas qui tu es ! »
À genoux, je saisis le svakia. Je vais essayer d’étriper Galam ! Je bondis sur lui ! Il s’écarte, je sens un violent choc dans le dos ! Je m’affale à plat ventre. Je lâche le svakia pour me rattraper ! Galam soupire.
« Origni !… Tu m’déçois. » Il agrippe mon épaule droite, me retourne et s’accroupit sur moi pour me retenir allongé. Je tâtonne pour récupérer le poignard…
« C’est ça qu’tu cherches ? » Il me présente le svakia et avance la lame recourbée contre mon cou… Je sens la brûlure du métal…
« Origni Kar Atvédef… Tu es mort…
— Galam ! Non ! » hurle Ilias.
C’est fini… C’est ici, dans l’obscurité, la solitude, le dénuement, que s’arrête ma route… J’aurais tellement voulu revoir une dernière fois Pisa et Ardyn… Je serre les dents, ferme les paupières, je veux m’évader loin d’ici.
« Tu es mort, reprend Galam, si je l’avais souhaité ! »
J’entends le bruit d’un objet métallique qui frappe le sol et rebondit… Je suis toujours en vie ?… Je rouvre les paupières. Galam, toujours penché sur moi, sourit.
« Je t’ai pourtant bien dit qu’tu n’étais plus seul !… Cher… confrère ! » Il m’a appelé “confrère” ! Confrère ! La confrérie ? Galam ?
« Galam ?! Toi ?
— Bien évidemment ! » Il se relève d’un mouvement brusque des reins, et me tend une main que j’agrippe.
« T’en fais une drôle de tête ! » Il tire et me redresse vivement. J’ai l’impression d’être en miettes, saisi et tiraillé par des élancements dans le ventre et une forte douleur dans le dos.
« Tu t’en remettras !
— Mais ? » Il me connaît… mais je ne le connais pas. Est-il sincère ? Je ne pensais pas que l’un des nôtres soit aussi haut placé…
« Attends ! » me dit-il. Il réenclenche le luminaire… qui s’allume, avant d’aller manipuler un système situé au-dessus de l’autre porte. La porte bloquée s’ouvre aussitôt. Ilias déboule !
« Mais qu’est-ce que c’est qu’ce cirque ? Confrérie ? Origni ? Galam ?… Toi, Galam ?! La Confrérie ?! J’aurais pensé à tout… sauf à ça !… Après tout c’que t’as fait ?!
— Je t’arrête, Ilias ! Tout c’que tu crois qu’j’ai fait, rectifie Galam l’index menaçant pointé sur Ilias.
— L’équipe technique ! Où est l’équipe technique ? demande Marcus.
— Un instant ! » répond Galam. Il se penche vers son exosquelette.
« Je désactive le brouillage système… Ils sont deux niveaux en dessous. Ils dorment comme des bébés. Ils n’ont même pas dû s’apercevoir qu’ils respiraient un gaz soporifique.
— J’les ai ! reprend Marcus. Je… J’préviens l’Organisation, j’annule les renforts.
— Non, s’oppose Galam. Si j’ai pu arriver jusqu’ici… alors d’autres pourront le faire. Ils sont peut-être même en chemin. Nous n’sommes pas à l’abri dans cette base, c’est une véritable souricière.
— Au fait, comment tu m’as retrouvé ?
— C’est bien c’qui m’tracasse, réplique Galam. Nous avons reçu un message… disant qu’t’étais en vie… avec les coordonnées de cette base ! Il y aurait un traître parmi vous… Qui était au courant de votre venue ?
— Enki ?
— Qui est Enki ? réplique Galam.
— Le numéro 1 de notre Organisation, répond Marcus. Il n’y a pas de traître parmi nous. Et même s’il y en avait un, ce n’serait pas… » La porte claque sous un violent courant d’air ! Marcus se retourne, comme Galam et moi… Une silhouette lumineuse apparaît : un ange de Zand ! C’est Ève que je reconnais pour avoir visionné à maintes reprises le message de Mars.
« Marcus, Origni, Ilias, Galam… » Elle prend forme. « Je suis enchantée de faire votre connaissance ! »
Marcus n’est pas surpris. Galam, pourtant connu pour être inébranlable, impassible, semble fasciné. Ilias a l’air suspicieux.
« Bonjour, Ève, répond Marcus.
— Un hologramme ? demande Ilias.
— Non, Ilias. Un esprit », répond Ève. Sceptique, Ilias avance une main.
« Je n’ferais pas ça à ta place. » Ilias hésite, avant de se raviser.
« Je viens répondre à ta question, Galam… Il n’y a pas de traître dans l’Organisation. Enki était de bonne foi. C’est nous qui sommes à l’origine du message… Et tu en étais le destinataire. Nous devions t’attirer sur Terre pour assurer ta sécurité.
— Ma sécurité ?
— Oui, Galam. L’avenir d’Alak Palaïd 1 me semble compromis. Adar t’a dit la vérité. J’étais en conversation avec Acer il y a peu.
— Nom de Ch… ! tonne Ilias. Quelqu’un peut m’expliquer c’qui s’passe ? Adar ? Acer ? » Galam hoche la tête.
« Adar est de retour sur son Tanacé, commence Galam.
— Ah ! lâche Ilias. Abakan a enfin pigé !
— Non, Ilias, réplique Galam. Tu n’y es pas… Mais pas du tout ! Ce sont les anges de Zand qui l’ont libéré. »
Galam cherche l’assentiment d’Ève qui acquiesce de la tête.
« En même temps qu’ils libéraient les leaders des Alaks Palaïds 3, 5, 6 et 7, ajoute Galam.
— Quoi ? » Ilias a l’air ahuri. Je dois faire la même tête. Je me demande si j’ai bien compris.
« Abakan ne sert pas les intérêts de Cherfa, reprend Galam. Il se la joue perso. J’ai été aussi surpris que vous de l’apprendre… Mais en y réfléchissant, je comprends sa stratégie. Il sait que le vent tourne. Les peuples se révoltent, les signes précurseurs d’une fin de règne se multiplient… Je pense qu’il souhaite même accélérer le processus… Peut-être a-t-il a eu vent de nos préparatifs…
— Vos préparatifs ? Quels préparatifs ? questionne Ilias.
— Nous nous apprêtions à lancer un soulèvement sans précédent, lorsque nous avons reçu ton rapport, Origni… »
Ilias se tourne aussitôt vers moi, l’air suspicieux.
« Abakan était en train de monter une expédition, poursuit Galam. L’empressement qu’il témoignait nous a intrigués. Il en faisait une affaire personnelle. Il avait l’air si… passionné, et il réunissait une telle quantité d’orakunderstrup, que nous ne pouvions laisser l’escadre sans surveillance. Il fallait un proche d’Abakan, quelqu’un d’insoupçonnable. Je me suis donc porté volontaire pour cette mission. Nous avons modifié la formule du catalyseur pour limiter les risques…
— Les dégâts pour l’environnement sont tout de même conséquents, réagit Ève.
— Oui… J’ai vu… J’ai été surpris… Ils sont probablement dus à la composition de l’atmosphère terrestre. Nous avions sous-évalué le taux d’oxygène. J’en suis sincèrement navré… Mais ça aurait pu, aurait dû, être bien pire… Je ne me doutais pas qu’Abakan puisse s’engager aussi légèrement dans l’anéantissement de toute vie d’une planète…
— C’est notre réaction qu’il souhaitait, précise Ève. Provoquer la rencontre, et nous promettre ses services, en échange… de l’immortalité.
— Öh ! » Ilias a l’air révolté. « Vous n’allez quand même pas… » Ève sourit.
« Bon… Et qu’en est-il du soulèvement sur Kriemn ?
— Je n’en sais pas plus que toi », réplique Galam qui lance un regard interrogateur sur Ève.
« Nous non plus. Zand souhaite que nous réglions d’abord le contentieux entre les humains et les Emnos.
— Ce qui signifie… qu’en ce moment même… hésite Ilias, Cherfa n’est peut-être plus à la tête de Kriemn ?
— C’est possible, répond Galam. Nous avons d’abord pensé qu’Abakan entraînait les Palaïds dans l’aventure sur un coup de tête… En fait, en les embarquant, d’une part il fragilisait Cherfa, d’autre part il s’accordait un soutien non négligeable en cas de retour anticipé… S’il se retrouvait, non plus devant Cherfa, mais devant son ou ses successeurs, il pouvait ainsi le ou les combattre !
— Soutien qu’il n’a plus, si j’comprends bien.
— Soutien en voie d’extinction.
— Mais Abakan n’a pas dit son dernier mot, reprend Galam. Dans… un jour, un jour et demi, Ionos, son système personnel, sera opérationnel. Abakan sera encore capable de tout !
— Nous le surveillons. Nous sommes télépathes et nous épions ses pensées. Non, Galam… Pas comme Azhyilis et sa bande. Ils pratiquent une forme d’hypnose, de suggestion, ce n’est pas de la télépathie.
— Au fait, que deviennent-ils ? demande Galam.
— Je me suis personnellement occupée d’eux.
— Et ?
— Je les ai neutralisés. En ce moment, ils ont tout loisir de réfléchir sur eux-mêmes et sur leurs erreurs passées.
— Je n’ai pas pour habitude d’accorder foi aux légendes, mais là… Je dois avouer qu’la légende orak disait vrai, convient Galam.
— La prophétie de Raköl est bien plus qu’une légende. C’est une vision de l’avenir.
— Marcus ? Origni ? Ilias ? demande la voix de Karl.
— Karl ! répond Marcus. Tout va bien ! Nous avons un nouvel invité. Nous rappliquons !
— Est-ce que vous devez vraiment vous installer dans cette base ? questionne Galam. Abakan a ses coordonnées.
— L’Organisation a d’autres sites, concède Marcus. On ferait mieux de rentrer à Phou Bia.
— L’équipe technique ?
— Les renforts vont rapatrier l’équipe technique, répond Marcus.
— Je vous recontacte quand vous serez de retour au Laos. J’aurai besoin de vos lumières. Origni, Ilias ou l’un des vôtres. »
Ève disparaît…
