Bagnèd, Mintou et moi sommes à notre poste. Au sommet de la tourelle nord. J’ai l’impression d’être sur un minuscule vaisseau de métal en perdition… Dans une brume ocre et malsaine qui surnage à la surface d’un océan de sable funeste… Le nuage de sable et de poussière se tasse lentement, et nous commençons à apercevoir le ciel ennuagé, et nous devinons les deux autres tourelles.
Nous n’avons pas ouvert la bouche depuis l’annonce de la première découverte… Et depuis, les communiqués se suivent et se ressemblent… Laconiques, accablants…
La liste s’allonge, interminable… Je me sens mal, triste, désabusé, écœuré, révolté… Comment ai-je pu soutenir un régime capable d’une telle lâcheté ? Comment ai-je pu être aussi aveugle, aussi borné, aussi stupide ? Un sentiment profond d’injustice, de rancœur, de remords, m’envahit…
Lorsque des bruits d’explosions viennent troubler le calme illusoire de notre refuge ! Un refuge précaire qui se met à trembler… Je me cramponne à la rambarde ! De larges vagues se forment à la surface cristalline de notre sinistre océan.
« Ici Uther ! Qu’est-ce qui s’passe ? »
Sans réponse, je renouvelle ma demande, sans plus de succès, lorsqu’une lumière, à la tourelle voisine, attire notre attention. L’un des nôtres nous fait signe.
Je m’apprête à répondre aux appels lumineux, lorsque la tourelle est brutalement aspirée sous le nuage de sable ! J’ai juste le temps de donner l’ordre de fermer les visières… que la deuxième tourelle disparaît !
Et le sol se dérobe sous mes pieds… Absorbé par les ténèbres… je me retrouve statufié, pétrifié ! Dans un sarcophage de sable vitrifié !
Seul me parvient le bruit amplifié de ma respiration… Quelle est l’autonomie de ma combinaison ? Trois grefs, vingt-et-un nèmes, trente-deux rends, trente-et-un, trente, vingt-neuf…
Je vais mourir asphyxié…
