Nous étions quatre, investis d’une mission commune à accomplir au plus haut niveau de l’état ! Au sein même du palais de l’Éden ! Autant appeler ça une mission suicide. Et nous voici plantés, Acer et moi, au beau milieu de cette piste déserte, comme deux idiots, deux pestiférés… deux cibles parfaites ! Ça sent la trahison à plein nez ! Trahis ?… Mais comment, et par qui ?… Je sens que notre histoire est en train de foirer, de foirer, mais de foirer comme ce n’est pas permis. Et ces bestioles ?
« Mondanhgârs ?
— Je pense…
— Tu pourrais… être plus clair ?
— Il m’a semblé reconnaître des mondanhgârs.
— Jamais entendu c’nom là.
— Normal.
— Hein ?
— Nous n’avons jamais pu les approcher.
— C’est pas c’que j’ai cru voir.
— En bordure de nos colonies, la constellation des Pelwèniaé, le système d’Ibniyu, la deuxième planète, si je ne me trompe, Hell Ap Nudd. Une espèce décrite par d’anciennes légendes comme de puissants augures…
— Des augures ? Et s’ils… nous avaient percés à jour ?!
— Je les ai cherchés… sans jamais les débusquer. J’ai organisé des expéditions sur la planète forestière à de nombreuses reprises… Mais ils avaient toujours un temps d’avance sur nous… comme s’ils prévoyaient notre arrivée… Toujours une longueur d’avance… » Il esquisse une grimace pensive. Les portes du hangar miroitant s’entrouvrent, un jeune portant l’étole blanche s’avance…
« Ça bouge ! » Le gars approche de quelques exis…
« Ilias Rat Paraxos !
— C’est mon tour ! » Je suis partagé entre soulagement et inquiétude. Je jette un bref regard ombrageux à Acer, une mimique de doute, et me dirige d’un pas décidé vers le blanc-bec. S’il souhaite en découdre à la loyale, je suis fin prêt… Mais à peine ai-je avancé de quelques pas, mains sur les hanches, torse bombé, regard menaçant, qu’il me tourne le dos et fait demi-tour !
« Suis-moi ! » Je m’exécute et lui emboîte le pas jusqu’au hangar… Nous traversons une salle déserte dans laquelle plane un remugle animal et piquant mêlé de vapeurs de désinfectant. Un premier couloir, un second…
Je me suis rapproché de l’insolent, je suis tout près, il me tourne le dos, je pourrais aisément le maîtriser, lui faire cracher son arrogance et son mépris… D’où lui vient cette surprenante assurance, cette inconscience ?… Il me fait signe d’entrer dans une salle sans fenêtre. Devant la porte trône une estrade sur laquelle sont alignés cinq fauteuils. Trois jeunes vêtus d’une même étole blanche sont déjà assis… Deux filles, un gars.
« Vous êtes qui ? » Ils ne répondent pas, se contentant de me dévisager de regards soupçonneux, condescendants, mauvais, des airs de reproche. J’ai l’impression de me retrouver devant un tribunal. Mon guide s’assoit, rejoint par un nouveau compagnon.
« Alors ?… Les cinq fauteuils sont occupés, je suppose que vous affichez complet ? » Je ne me démonte pas, pourtant je n’en mène pas large… Leur attitude ne me plaît pas, mais pas du tout… L’une des filles hoche la tête et se penche lentement vers moi.
« Nous sommes les Éminences Blanches !
— Éminences Blanches ? » Elle esquisse un sourire glacial, un sourire de prédateur avide. Je n’ai jamais entendu parler d’Éminences Blanches… Qu’est-ce que c’est encore que cette histoire ?
« Ilias Rat Paraxos ! Tu t’es rendu coupable de haute trahison ! » Sa phrase sonne comme une sentence ! Une sentence irrévocable.
« Mais ? » J’ai l’impression que le monde s’effondre autour de moi. L’air s’épaissit, je n’arrive pas à respirer. Je dégage mon encolure, mais mes poumons sont bloqués.
« En conséquence, nous te condamnons… » La pièce tangue, le sol se dérobe sous mes pieds, je perds connaissance…
