Je suis avec deux collègues, Radjar et Inéas. Nous sommes au bloc, vêtus de nos combinaisons intégrales rouge-brun. Le bloc 4 du pôle chirurgical du centre hospitalier de Kor Saria.
Les conditions de travail deviennent déplorables. La plupart de nos appareils ont été réquisitionnés par l’armée… et voici maintenant que les coupures d’électricité se multiplient ! C’est la troisième fois, en moins de cinq nèmes, que les lumières vacillent et que les machines sautent !
Pourtant nous devrions être à l’abri de ce genre de perturbation. Surtout lorsque nous supervisons un travail aussi délicat ! Le patient, un gamin de douze ans, est entre la vie et la mort après avoir fait une chute d’une quarantaine d’exis ! Ses organes internes endommagés ont été remplacés, comme ses membres gauches, mais notre diagnostic reste réservé tant que sa nuque brisée n’aura pas été reconstituée…
Une chape de plomb s’est abattue sur Kriemn depuis de nombreux jours. Nous n’avons plus d’informations, les lignes longues distances ont été suspendues, les vols annulés, les voyages interdits pour des raisons de sécurité… Mais les bruits courent… D’étonnants manèges lumineux dans le ciel ont été aperçus, d’étranges bruits d’explosion ont été entendus, et ce qui se serait produit sur Cherfax pourrait être particulièrement inquiétant… L’arène aurait été détruite… Comme deux natatoris… Une rébellion serait-elle en train de naître au sein même de l’armée ?… De grandes manœuvres seraient-elles en cours ?
Les machines repartent… Malgré le bruit suraigu du réplicateur, il me semble entendre un cri… Radjar, penché sur l’un des pupitres de commande, lève aussitôt la tête.
« Vous avez entendu ?
— Quoi ? s’étonne Inéas.
— Un cri. »
Cette fois aucun doute n’est permis, un nouveau cri vient de retentir ! Un raffut de tous les diables, des bruits de choc… tout proches ! Faisant trembler les cloisons, et me faisant sursauter, la double porte du bloc s’ouvre en coup de vent ! Un Vesphéri vêtu d’un exosquelette métallique impressionnant fait une entrée fracassante ! Il braille quelque chose d’inintelligible, se précipite sur Inéas, lui arrache le casque, avant de le repousser sauvagement sur le côté ! Instinctivement je recule sans quitter le monstre des yeux. Il attrape Radjar d’une main, le soulève comme s’il ne pesait pas plus qu’un insecte, arrache son casque de l’autre main, avant de le jeter contre Inéas…
Le Vesphéri pose son regard carnassier sur moi ! Un regard diabolique aux yeux globuleux jaunes ! Il ouvre sa large mâchoire et pousse un cri bestial ! Je recule… jusqu’à me retrouver adossée à la cloison. Sentant sa proie acculée, le monstre entame une approche lente… Tandis qu’un jeune garde de la sécurité pénètre au pas de course dans le bloc. Il charge son arme d’un coup sec et tire sans sommation dans le dos du Vesphéri ! Apparemment plus surpris par le claquement sec de la détonation que par la décharge, le monstre se retourne… Il encaisse, sans broncher, une nouvelle décharge ! Avant de décapiter d’un revers du poignet le pauvre gars de la sécurité qui s’effondre en arrosant la cloison d’une gerbe de sang… Radjar et Inéas sont pétrifiés de terreur.
Le Vesphéri revient vers moi comme si de rien n’était. Il m’immobilise d’une main de fer contre le mur, arrache mon casque, et approche lentement sa sale gueule reptilienne… Je sens son haleine tiède, animale, musquée, son odeur métallique, il a l’air ravi… Il me soulève, me renverse sur une épaule et me conduit hors du bloc… sous les yeux effarés de mes deux collègues…
Un chaos indescriptible règne dans les couloirs. Chariots renversés, emnos inanimés, du sang… beaucoup de sang…
Les questions se bousculent… Pourquoi un Vesphéri enragé viendrait-il me chercher ? Qu’est-ce que tout ça veut dire ?
Il entre dans une cage d’escalier et monte les marches… jusqu’au toit de l’immeuble ! Il m’empoigne, me renverse et me jette sèchement aux côtés… d’Aprila !
« Maman !
— Aprila !? Mais ? »
Ils sont deux, leur engin, un gaptan, décolle…
